Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Bienvenu.e

  • : Les Lilas Ecologie : Blog des militants et élus Europe Ecologie Les Verts des Lilas et du Pré Saint-Gervais
  • : Culture, information, réflexion de l'écologie politique par les militants et les élus Europe Ecologie Les Verts des Lilas, du Pré Saint-Gervais, d'Est Ensemble
  • Contact

Recherche

Nous contacter ...

S'abonner à la Lettre d'information ...

C'est dans la colonne de droite tout en bas...

16 janvier 2018 2 16 /01 /janvier /2018 09:09

Pierre-Franck Chevet, président de l’Autorité de sûreté nucléaire, souligne le risque d’incendie associé à certains déchets destinés au centre d’enfouissement de la Meuse. Propos recueillis par Pierre Le Hir pour Le Monde. Lire aussi À Bure, la fabrique du consentement pour le projet contesté d’enfouissement de déchets radioactifs, Nouveaux doutes sur le stockage des déchets nucléaires à Bure, Déchets nucléaires : l’impasse et Le projet de stockage de déchets radioactifs à Bure gelé par la justice.

Le laboratoire souterrain de Bure, le 21 novembre 2017. FREDERICK FLORIN / AFP

Le laboratoire souterrain de Bure, le 21 novembre 2017. FREDERICK FLORIN / AFP

L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) rend public, lundi 15 janvier, son avis sur le « dossier d’options de sûreté » du Centre industriel de stockage géologique (Cigéo). Celui-ci vise à enfouir, dans le sous-sol de la commune de Bure, dans la Meuse, 85 000 m3 de déchets hautement radioactifs et à vie longue. Sa mise en service doit débuter en 2026 ou 2027 et s’étaler jusqu’au milieu du siècle prochain.

Tout en jugeant globalement « très bon » le dossier présenté par l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra), chargée de ce projet, le président de l’ASN, Pierre-Franck Chevet, estime qu’il doit être amélioré.

A ce stade, la fiabilité du futur site du stockage vous semble-t-elle garantie ?

Ce dossier est une étape importante, au regard de l’enjeu majeur de sûreté que constitue la gestion des déchets nucléaires les plus radioactifs et à vie longue – on parle ici de centaines de milliers d’années. La France, et je m’en réjouis, a choisi l’option du stockage géologique à grande profondeur, qui est aussi la solution de référence au niveau international. C’est le seul choix responsable, sauf à reporter sur les générations futures la charge de gérer ces déchets sur le long terme. Pour autant, il se peut que des alternatives soient trouvées dans le futur, raison pour laquelle la loi a prévu que le stockage soit réversible pendant au moins cent ans.

L’Andra nous a soumis un très bon dossier. Il confirme que la zone argileuse retenue possède les caractéristiques géologiques requises. Et il marque des avancées significatives en termes de sûreté. Toutefois, nous avons des réserves sur un sujet important : celui des déchets bitumés. Sur ce point, l’Andra doit revoir sa copie. Si ce sujet n’est pas traité de manière satisfaisante, le stockage de ces déchets ne sera pas autorisé par l’ASN.

Quel risque ces déchets présentent-ils ?

Il s’agit de boues radioactives qui, par le passé, ont été conditionnées dans des matrices en bitume. Actuellement entreposés dans les installations du CEA [Commissariat à l’énergie atomique] à Marcoule [Gard] et d’Areva à la Hague [Manche], ces produits de moyenne activité à vie longue représentent un peu plus de 40 000 « colis », soit environ 18 % des conteneurs destinés à Cigéo.

Or, outre que le bitume lui-même peut s’enflammer dans certaines conditions, ces déchets sont aussi susceptibles, par réaction chimique, de monter en température. Avec, en cas de départ de feu, le risque d’un emballement thermique propageant l’incendie dans les alvéoles souterraines de stockage. Cette éventualité doit pouvoir être totalement écartée.

J’insiste sur le risque d’incendie, car il est particulièrement problématique en milieu souterrain. Il existe des précédents. En France, celui de Stocamine, le centre de stockage de déchets – non radioactifs – installé dans d’anciennes mines de potasse d’Alsace, où un feu a été provoqué en 2002 par la réaction chimique de produits entreposés, ce qui a conduit à l’arrêt définitif de l’exploitation. Et, aux Etats-Unis, celui du WIPP [Waste Isolation Pilot Plant], site de déchets nucléaires militaires implanté au Nouveau-Mexique, dans une couche de sel, où se sont produits en 2014 un incendie et un relâchement de radioactivité.

Quelles sont les solutions ?

La première, que nous privilégions, est de demander aux producteurs de ces déchets – le CEA, Areva et EDF – de les reprendre et de les reconditionner, pour les rendre inertes. Cela exige de développer à l’échelle industrielle un procédé de neutralisation chimique. L’autre voie serait de revoir la conception d’ensemble de Cigéo, en espaçant suffisamment les colis pour éviter la propagation d’un feu, et en mettant en place des moyens de détection très précoce d’une montée de température ainsi que d’extinction d’un feu. Industriellement, c’est sans doute compliqué. En tout état de cause, nous ne transigerons pas avec la sûreté.

Si, finalement, ces 40 000 colis ne pouvaient trouver place dans le centre de stockage, celui-ci ne perdrait-il pas une partie de sa raison d’être ?

En aucune façon. Les déchets les plus pénalisants que nous avons à gérer sont ceux de haute activité, issus notamment du retraitement du combustible nucléaire. La vocation principale de Cigéo est de confiner ces produits de façon sûre et durable. Pour les déchets bitumés, il faudra trouver un autre mode de stockage.

Vous demandez néanmoins à l’Andra d’améliorer son dossier sur d’autres aspects...

Des questions subsistent en effet, en particulier sur la tenue de l’installation face aux aléas naturels, spécialement aux séismes, ou sur la gestion des situations post-accidentelles. En cas d’accident ou d’incident dans une galerie, quelles sont les dispositions prévues pour intervenir, pour éviter la propagation du sinistre, pour poursuivre les opérations de stockage ? Ces questions sont normales au stade d’un dossier d’options de sûreté. L’Andra devra y répondre. Nos remarques doivent lui permettre d’amender et d’améliorer son projet.

Qu’en est-il du risque d’actes de malveillance, récemment pointé par Greenpeace pour les piscines d’entreposage du combustible des centrales nucléaires ?

L’ASN est chargée de la sûreté des installations nucléaires, mais la sécurité n’est pas de son ressort. Cependant, l’Andra devra aussi apporter des précisions sur la façon dont elle pense se prémunir, à Bure, contre des actes tels qu’un incendie d’origine criminelle. Encore une fois, le sujet est particulièrement complexe pour un site souterrain. Et plus encore pour une installation dont l’exploitation est prévue sur cent ou cent cinquante ans.

L’Andra prévoit de vous soumettre sa demande d’autorisation de création de Cigéo en 2019. Compte tenu de vos demandes, ce calendrier est-il réaliste ?

Le dossier est très bien avancé. Il est tout à fait possible de tenir le calendrier. Nous jugerons sur pièces, le moment venu.

L’Andra avait chiffré le coût du centre de stockage à près de 35 milliards d’euros, EDF, Areva et le CEA, qui le financent, à 20 milliards. L’ex-ministre de l’écologie, Ségolène Royal, a tranché pour 25 milliards. Ne lésine-t-on pas sur la sûreté ?

La responsabilité de ce chiffrage revient au gouvernement. Le plus important est que l’arrêté signé en 2016 par Mme Royal précise que ce coût sera régulièrement réévalué, à chaque étape-clé du projet. Cigéo est une installation d’un type nouveau. Il est donc logique que l’estimation du coût évolue dans le temps.

Compte tenu des risques et des incertitudes qui subsistent, certains opposants prônent l’abandon du projet d’enfouissement au profit d’un entreposage en surface. N’est-ce pas la voie de la prudence ?

Au contraire. Un entreposage en surface, ou près de la surface, est certes concevable pour des déchets dont la durée de vie est de l’ordre du siècle, pas pour des déchets qui resteront radioactifs des centaines de milliers d’années. Qui peut garantir l’existence d’un contrôle humain et sociétal d’une telle installation à un horizon aussi lointain, qui dépasse toute capacité d’anticipation ? Personne. Je le redis, le stockage géologique profond est la seule solution responsable.

Partager cet article
Repost0
13 janvier 2018 6 13 /01 /janvier /2018 09:04

Que faire de Notre-Dame-des-Landes dans l’hypothèse où l’État aurait renoncé au projet d’aéroport ? Des centaines d’occupants, installés pour longtemps dans le bocage, poursuivent de prometteuses innovations, révélatrices des évolutions profondes de la société française. Les auteurs de cette tribune plaident pour un règlement global et pacifique, qui transformerait ce conflit en solution d’avenir, pour le bien de tous. Journaliste engagé pour l’écologie, Fabrice Nicolino est chroniqueur à La Croix et à Charlie Hebdo. François de Beaulieu a publié depuis 1967 une soixantaine de livres et plusieurs centaines d’articles sur le patrimoine naturel et culturel de la Bretagne et est engagé dans la protection de la nature et spécialement des landes bretonnes. Jean-Paul Besset, journaliste, a été député européen écologiste de 2009 à 2014. Lire aussi Notre-Dame-des-Landes: des expertises plutôt favorables aux opposants.

Rien n’est terminé, tout peut recommencer, le pire peut encore se produire. Le texte qui suit n’envisage qu’une possibilité et une seule : l’abandon du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes par le gouvernement, au terme d’une médiation intelligente de quelques mois. Mais, même dans ce cas, il resterait à régler la redoutable question de la présence de plusieurs centaines d’occupants sur le site. Selon nous, une intervention policière, même après le renoncement à toute construction, conduirait à des affrontements graves, potentiellement meurtriers. Pour quantité de raisons, dont celle-ci : bon nombre d’occupants sont devenus paysans, éleveurs, tisserands, maçons, charpentiers. Notre-Dame-des-Landes est devenu leur pays.

Avant de développer notre proposition, il nous semble nécessaire de garder à l’esprit que la société française est en train de vivre une révolution aussi vive que rapide de ses habitudes alimentaires. La consommation de produits bio, qui n’en est qu’un aspect, a augmenté de 20 % l’an passé, et de 278 % en neuf ans. Quel secteur économique pourrait en dire autant ? Neuf Français sur dix ont acheté des produits bio en 2016. La surface agricole dédiée à la bio a grossièrement triplé depuis 2007, et la demande, loin de s’essouffler, oblige à importer massivement.

C’est un mouvement de fond, qui atteint un modèle agricole déjà en crise depuis des années pour des raisons structurelles. Il existe dans le fond culturel de la société française une aspiration massive à manger mieux et autrement. Pesticides, antibiotiques, chimie de synthèse, intensification des productions et concentration des animaux d’élevage sont des méthodes du passé.

Des millions de Français le savent ou le pressentent, et parmi eux, un nombre croissant d’agriculteurs, coincés par un système qui les aura enrichis avant de les ruiner. Il existe une base sociale capable d’entendre de nouveaux discours et de soutenir des projets audacieux. À deux conditions au moins : qu’ils soient bien entendu porteurs d’avenir et qu’ils soient aidés avec sincérité et dans la durée par la puissance publique.

Les changements de pied du pouvoir politique, si fréquents depuis une dizaine d’années, ont cristallisé un sentiment de défiance généralisé. Plus personne ne croit plus personne. Les partisans de l’aéroport restent nombreux, mais ils ont clairement perdu le leadership qu’ils croyaient durable à la suite de la consultation. Bruno Retailleau, qui aurait pu incarner politiquement cette position, surtout s’il était entré au gouvernement, a perdu la main. Il reste des intérêts épars, qui sont loin d’être tous cohérents. Mais avouons-le, cela peut encore changer.

Du côté des opposants organisés, on peut distinguer quatre forces de tailles disparates :

La structure dite Copain, qui regroupe des paysans engagés de longue date dans ce combat. Son cœur est la Confédération paysanne, qui a dans le département de Loire-Atlantique des attaches historiques. Copain dispose d’une vraie légitimité dans le monde agricole local, qui a résisté en partie au conflit.

L’Acipa, bien sûr, actrice historique, est parvenue à organiser, à fédérer un très grand nombre d’initiatives qui ont débouché sur la création de comités dans la plupart des villes importantes du pays. L’Acipa, qui jouit d’une grande considération, a toujours voulu, et c’est à noter, conserver des liens vivants, bien que parfois tendus, avec les occupants du site. Il n’est pas interdit de parler d’une dialectique avec ces derniers.

Les Naturalistes en lutte sont un groupe informel, né fin 2012 dans l’esprit de François de Beaulieu et de Fabrice Nicolino. Pendant trois ans, une centaine de naturalistes — des amateurs éclairés, des biologistes, des salariés de bureaux d’études évidemment bénévoles — ont sillonné le bocage. Cette mobilisation sans précédent dans ce secteur de l’opinion a conduit à des publications, et fait émerger une question jusque là ignorée : la nature. La défense de la biodiversité est entrée en fanfare dans la bagarre et en est devenue une sorte d’épicentre fédérateur. Où a-t-on vu 30.000 personnes défiler derrière un triton géant, sinon dans les rues de Nantes ?

Les Occupants, cela va de soi. Leur présence sur place a permis de donner au projet d’aéroport la dimension d’un vaste débat national, puis européen, et parfois mondial. Ne revenons pas sur le sujet de la violence exercée par une minorité d’entre eux, car notre but est précisément de la laisser derrière nous tous. Le fait est et demeure que les plus pragmatiques d’entre eux sont devenus d’étonnants entrepreneurs sociaux, qui entretiennent cette vaste zone humide et la protègent, tout en commençant à produire des biens agricoles de qualité, et en construisant des bâtiments en bois d’une esthétique indiscutable. Et ce n’est pas toujours le cas dans nos campagnes.

Notre projet repose sur une idée fondatrice : personne ne doit partir des 2.000 hectares autrefois destinés à la construction de l’aéroport. Tel est notre changement de perspective : personne ne part. Ou plutôt, personne n’est contraint de partir, car comme on le verra, certains parmi les plus énervés du lieu partiront nécessairement, mais sur la durée.

La première question est à coup sûr celle du foncier. Que faire de la surface — 850, 1.250, 1.400 hectares ? — déjà préemptée, entre les mains pour l’heure d’Aéroport Grand Ouest-Vinci ? Cette zone peut bien entendu être remise entre les mains du système agricole dominant. Il est probable dans ce cas que, la Safer [société d’aménagement foncier et d’établissement rural] aidant, quelques propriétaires locaux trouveraient là le moyen de s’agrandir, au travers d’un mini-remembrement fait d’arasement au bulldozer de nombreux talus boisés. L’un des soubassements de la lutte contre l’aéroport — la défense intransigeante de la nature — disparaîtrait avec. Est-ce bien souhaitable ?

Il existe heureusement d’autres voies, dont certaines sont puissamment originales.

Certains imagineraient volontiers qu’on crée sur la Zad la réserve naturelle nationale justifiée par de nombreux critères européens. Cela suppose un fort investissement financier et que l’on chasse les occupants. Or, nous sommes dans une configuration toujours affirmée sur le papier mais jamais réalisée dans les faits où la population d’un lieu fait siens les objectifs de protection de la biodiversité dans la durée d’un espace naturel habité. Mieux encore, cette étonnante population le fait gratuitement.

Sur cette base, il convient donc de reprendre la question foncière moins insoluble qu’il y parait. Quand François Mitterrand s’est retrouvé face à Valéry Giscard d’Estaing pour l’élection présidentielle de 1981, il a dû composer avec un vote écolo — 5 % au premier tour pour Lalonde et Bouchardeau — et a promis l’abandon de l’extension du camp militaire du Larzac.

Vainqueur, Mitterrand tint parole, mais il restait à décider la destination de plusieurs milliers d’hectares achetés par l’État en vue de son projet. En 1985, grâce à un montage juridique astucieux, 6.300 hectares furent rétrocédés à la Société civile des terres du Larzac, sous la forme d’un bail emphytéotique de 60 ans. La terre revenait aux paysans du plateau, sous la forme étonnante d’un bien commun. Nous reviendrons sur cette dimension.

Est-il possible d’imaginer quelque chose de proche mais de différent avec les terres de l’aéroport ? Sans aucun doute. Les centaines d’hectares de zone humide bocagère sont un pur joyau écologique, presque banal en apparence, mais dont la cohérence et la richesse globales ne se retrouvent plus que rarement en France. On peut à bon droit parler d’une butte-témoin, rappel des temps où les activités humaines pactisaient avec les écosystèmes. Et c’est pour cette raison un synonyme d’espoir.

Lâcher ce territoire serait, sans jeu de mots, une défaite collective en rase campagne. Il faut imaginer, ensemble, une vision utile à l’avenir et à nous tous.

Nous pensons qu’il faut donc tenir le territoire de Notre-Dame-des-Landes pour un tout. La société et la politique l’ont transformé à jamais en y faisant apparaître des acteurs nouveaux — les occupants —, dont la plupart entretiennent des rapports de confiance avec une partie des paysans locaux, ceux de Copain notamment. Il faut leur proposer un pacte global qui tienne compte des singularités et conformations de leur collectif. Son caractère novateur devrait être assumé sous le nom de laboratoire écologique et social.

Rappelons qu’en France, les deux tiers des exploitations menées par des plus de 55 ans n’ont aucun successeur. Or, les chefs d’exploitation ont en moyenne 48 ans, ce qui annonce une nouvelle vague de déprise agricole au moment même où se posent de nouvelles et radicales questions sur le dérèglement climatique et l’alimentation de bientôt neuf milliards d’humains.

Le pacte consisterait bien sûr en une charte des engagements de part et d’autre. Soit l’usage de la terre en échange de conditions vérifiables, disons tous les dix ans. Et bien sûr sous la forme de communs, terme ancien revenu à la mode, qui renvoie ici au mode de gestion traditionnel du million d’hectares de landes qui couvraient la Bretagne avant la première révolution agricole. N’entrons pas dans les détails : il s’agit pour une communauté de définir un mode de gestion de biens, naturels ou non, dans le but de les gérer et de les conserver au mieux. On pourrait voir dans ces constructions sans appropriation individuelle une élucubration, mais signalons, parmi tant d’autres, les travaux d’Elinor Ostrom et Oliver Williamson, qui leur ont valu le prix Nobel d’économie en 2009. Elinor Ostrom ouvre grandes les portes d’un avenir où la décision collective des communautés deviendrait, au travers des communs, le centre de l’activité économique.

Oui, on peut imaginer sur place une bouillonnante expérience dans laquelle les occupants tiendraient toute leur place. Y compris ceux qui — minoritaires selon nous — ne rêvent que d’affrontements avec la police ? Non, sans eux. Un projet de cette sorte fixerait la population qui pratique déjà quantité d’activités durables, et découragerait peu à peu ceux qui n’auraient plus l’occasion d’en découdre en se réclamant d’une cause qui aurait définitivement changé. En somme et en résumé, la Zad deviendrait une terre pacifiée et constructive.

Comme on s’en doute, cela ne saurait suffire à régler la situation, car la réputation des occupants est, dans la région épouvantable. Et c’est à ce point de l’histoire qu’il faut se montrer encore plus grand, en commençant par un vaste travail de pédagogie assistée. Auprès de qui ? Mais des paysans, évidemment ! Fixons pour commencer deux points fondamentaux. Un, il existe déjà une frange importante de paysans sympathisants ou membres de Copain, qui doivent être invités au premier rang, en coopération avec le syndicat minoritaire de la Confédération paysanne, très présent. Deux, le syndicat majoritaire — la FDSEA 44 — a plusieurs fois pris position contre l’aéroport, notamment au regard des terres agricoles sacrifiées.

Mais cela ne suffira pas encore, en toute hypothèse. Il faut proposer un accord qui inclue tous les paysans volontaires de la zone — et même de sa périphérie —, quel que soit leur profil. Nous devons parler à tous en leur promettant ceci : un engagement solennel sur 25 ans, signé et contresigné, qui leur offre un statut expérimental généreux, en échange de la participation, fût-elle symbolique — nous souhaitons au passage désarmer les plus acharnés — à l’aventure commune. En deux mots, il s’agirait de rejoindre le mouvement réel de la société, qui réclame toujours plus des productions de qualité, sans chimie ni maltraitance animale, et du même coup garantisse la pérennité des exploitations et la considération de tous.

Inutile de dire que l’opération, complexe et incertaine, serait de vérité sur l’état de la France. Ce pays est-il capable d’une sorte de « paix des braves » à Notre-Dame-des-Landes entre ceux qui défendent le système ancien de production agricole et les autres ? Cette phase, périlleuse entre toutes, pourrait s’étendre sur un temps compté en mois, pendant lequel quantité de spécialistes du sol — les Bourguignon —, de la terre en général — Pierre Rabhi —, des arbres — Jean-Yves Morel —, des friches — Gilles Clément — , de l’eau — Jean-Claude Pierre —, de grands cuisiniers, des paysans d’ailleurs — Via Campesina — viendraient éclairer le débat de leurs savoirs et de leurs pratiques, sous la forme de rencontres, de conférences, ce que plusieurs groupes d’occupants ont déjà engagé. Sans un considérable effort de pédagogie vivante, soyons lucides, l’idée a peu de chances d’aboutir.

Faisons maintenant une pause et résumons avant de passer au très concret. Compte tenu d’évolutions réelles de la société, de nouvelles perspectives apparaissent. Il existe dans le bocage nantais des forces disponibles, dont certaines doivent désormais se parler et se comprendre. L’intérêt bien compris d’un ministre écologiste est d’aider au renouveau sur une terre devenue malgré elle un symbole international. Mais quoi proposer publiquement, qui puisse claquer comme notre étendard à tous ?

Eh bien, les discussions que nous avons eues avec les occupants et l’Acipa nous permettent de dire qu’une cause permet de réunir la plupart des opposants à l’aéroport : la biodiversité. Et c’est d’autant plus intéressant que celle-ci, à Notre-Dame-des-Landes, nous éloigne des habituelles gesticulations médiatiques. En ce qu’elle porte sur une nature ordinaire d’une part — loin des images de baleines ou d’éléphants — et d’autre part, qu’elle est le fruit d’une longue cohabitation entre les humains au travail et quantité d’espèces végétales et animales qui ont su s’adapter à ce cadre. Toute personne considérant l’avenir du monde doit convenir que tel est l’enjeu qui domine les autres : comment cohabiter ? Comment faire en sorte que la présence des hommes ne conduise à la disparition de tout le reste ? De la réponse heureuse à cette question angoissée dépend en partie la suite de la crise écologique.

Donc, la biodiversité. Nous tenons là l’occasion peut-être unique de sortir des phrases convenues pour ouvrir enfin un chantier qui pourrait, par-delà tant de divergences, nous rendre collectivement fiers de l’œuvre accomplie. Sous quelle forme ? Nous proposons pour commencer la création d’un :

Observatoire de la biodiversité. Cet organisme neuf, ouvert aux non-professionnels, se chargerait de collecter pour tous le maximum d’éléments scientifiques sur l’évolution de la faune et de la flore du site, un site que nous souhaitons, rappelons-le, parcouru par les hommes et leurs troupeaux. D’évidence, ici plus qu’ailleurs, l’intelligence collective doit primer. Un état des lieux serait régulièrement réalisé, numérisé, disponible partout dans le monde. Ce bilan, répété sur des années, servirait de fil conducteur à une réflexion transdisciplinaire et permanente sur les liens entre l’homme et la nature simple où il vit et travaille. Décliné sous une infinité de formes — vidéo, livres et livrets, conférences et entretiens, classes vertes —, il pourrait servir de base à une revivification de tout l’enseignement de ce qu’on n’appelle plus les sciences naturelles dans l’enseignement secondaire.

Il faut également envisager le lancement d’un :
Centre international de l’agroécologie, adossé à l’université de Nantes. Notre pays manque cruellement d’une formation de haut niveau, universitaire, qui rende compte de pratiques de plus en plus répandues, et qui permettend’en tirer tous les enseignements, tout en fournissant une formation théorique digne de ce nom. Il est invraisemblable que l’Université française soit à ce point absente de ce grand questionnement. Notons que c’est tout à côté de Notre-Dame-des-Landes, à Granjouan-en-Nozais, qu’a été créée en 1830 la première école d’agriculture de tout l’Ouest.

Pourquoi pas un Centre de recherche sur l’écoconstruction ? Une telle initiative, outre qu’elle permettrait sans doute d’intégrer sur place des occupants très inventifs — et bien d’autres de la région, jeunes ou moins jeunes — serait un encouragement institutionnel à tous ceux qui veulent habiter d’une manière plus raisonnable l’espace qui est le leur.

En complément, et en cohérence, imaginons :

Un centre international de l’alimentation et des productions alimentaires, ouverte aux étudiants du monde entier. L’avenir — faut-il le rappeler ? — est avant tout autre chose alimentaire.

Encore deux projets, qui complètent les précédents :

Un festival international du goût et de l’alimentation, dans le droit fil du Salone del Gusto, de Carlo Petrini. Nantes, le pays nantais et bien sûr Notre-Dame-des-Landes pourraient accueillir un rendez-vous bisannuel de toutes les saveurs, senteurs et productions du monde. Depuis le café sauvage de la forêt d’Harenna (Éthiopie) jusqu’à l’oignon violet de Zalla (Espagne) et le piment serrano de Tlaola (Mexique), passant par le sel de Baleno (Afrique du Sud) ou encore le cumin d’Alnif (Maroc).

Une bibliothèque de l’écologie, de l’agriculture, de la nourriture, avec un prolongement numérique accessible à tous. Quand donc la France acceptera -t-elle enfin de jouer un rôle moteur dans la diffusion de connaissances aussi décisives ? On peut, on doit viser 100.000 volumes en dix ans. En attendant mieux. C’est, bien sûr, le prolongement de la belle initiative de la bibliothèque du Taslu créée sur la Zad.

Et tout cela ne serait rien encore si les futurs habitants du merveilleux bocage de Notre-Dame-des-Landes ne disposaient d’un label conforme à la qualité de leur terre et de leurs pratiques respectueuses. Oui, il est concevable — mais des conditions strictes sont à réunir — d’imaginer d’ici quelques années un label de qualité pour les productions locales. Pour les miels, les laits et fromages, les viandes, les pains, les charpentes. Un tel renversement, de nature économique, serait une manière presque parfaite de tourner la page de dix ans de tensions et d’affrontements. Tel serait pour nous le meilleur moyen de garantir l’avenir d’un bocage qui a failli disparaître.

Partager cet article
Repost0
12 janvier 2018 5 12 /01 /janvier /2018 09:01

Tout enfant né en France à partir du 1er janvier 2018 devra obligatoirement recevoir avant ses 2 ans onze vaccins, contre trois auparavant. Désireux de rappeler les bienfaits incontestables de ce mode de prévention, le gouvernement recherche l’efficacité. Mais la volonté de clore le débat scientifique et politique pourrait au contraire relancer les soupçons qui l’empoisonnent, en renvoyant chacun à ses certitudes. Par Leïla Shahshahani pour Le Monde Diplomatique de janvier 2018.

Anonyme. – « “I” comme “infirmier” », illustration issue d’un abécédaire de vingt-trois gravures sur bois, 1863, Imprimerie Pellerin, Épinal - © Duvallon - Leemage

Anonyme. – « “I” comme “infirmier” », illustration issue d’un abécédaire de vingt-trois gravures sur bois, 1863, Imprimerie Pellerin, Épinal - © Duvallon - Leemage

Les enfants non vaccinés n’auront plus accès aux établissements d’accueil collectifs à compter du 1er juin 2018. Les sanctions à l’égard des parents réfractaires ne relèveront plus du code de la santé publique spécifique à la vaccination, mais du code pénal relatif à la santé de l’enfant, qui prévoit une peine beaucoup plus lourde (deux ans de prison et 30 000 euros d’amende). La ministre des solidarités et de la santé Agnès Buzyn assume pleinement ce tournant autoritaire avec une expression révélatrice : « La contrainte vise à rendre la confiance (1). »

Les onze souches désormais obligatoires (2) correspondent aux « vaccinations jusque-là recommandées sur le calendrier vaccinal (...) dont l’intérêt a été affirmé par le Haut Conseil de la santé publique [HCSP] », explique le professeur Benoît Vallet, chef de la direction générale de la santé (DGS), ajoutant que l’obligation pourra être levée lorsque les couvertures optimales seront atteintes (au moins 95 % de la population). En 2007, le vaccin BCG, contre la tuberculose, a perdu son caractère obligatoire, tandis que la dernière obligation, contre la poliomyélite, datait de 1964.

La prise en charge des onze vaccins sera assurée par un cofinancement de la Sécurité sociale (65 %) et des assurances complémentaires (35 %). Des centres de vaccination ou de protection maternelle et infantile proposeront des prises en charge gratuites. Le surcoût de cette mesure pour les caisses d’assurance-maladie est estimé à 12 millions d’euros par les autorités, « ce qui est peu au regard de l’enveloppe globale de 270 millions déjà engagés pour la vaccination », estime M. Vallet.

Douche froide

Avec cette nouvelle politique, le gouvernement entend répondre à une injonction du Conseil d’État, qui, le 8 février 2017, demandait à la ministre de prendre les mesures « dans un délai de six mois » pour remettre sur le marché un vaccin DTP (diphtérie, tétanos, poliomyélite) seul (3). Depuis sa suspension temporaire en 2008, par l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), au motif d’une hausse d’effets indésirables, les laboratoires ne fournissaient qu’une formule lui combinant d’autres souches. Pour se conformer à la loi, les parents voulant vacciner leurs enfants contre la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite n’avaient pas d’autres choix que de lui voir associer jusqu’à trois souches non obligatoires (coqueluche, hépatite B, Haemophilus influenzae B). Mais, plutôt qu’obliger les laboratoires à fournir le DTP seul, la nouvelle ministre a choisi de rendre les autres vaccins obligatoires.

C’est la douche froide pour les citoyens qui avaient saisi le Conseil d’État en 2015. Comme pour plus d’un million de personnes signataires d’une pétition réclamant le retour du DTP seul et sans adjuvant à base d’aluminium. En 2014, l’association Entraide aux malades de la myofasciite à macrophages (E3M, qui milite pour des vaccins sans adjuvant aluminique) a porté plainte contre X pour faux, usage de faux et escroquerie, contestant la hausse de manifestations allergiques avancées par Sanofi pour retirer le vaccin. Le DTP coûtait alors 7 euros, contre 39 euros pour l’hexavalent actuel. Ainsi s’achève le grand débat public promis par l’ancienne ministre de la santé Marisol Touraine, la même responsable qui déclarait le 29 mai 2015 : « La vaccination, ça ne se discute pas. »

Pour justifier sa décision, Mme Buzyn s’appuie sur les conclusions du comité d’orientation de la concertation citoyenne sur la vaccination, dont le fonctionnement a été dénoncé comme « une véritable opération de propagande (...) menée pour inciter les Français à se vacciner » par l’ancien secrétaire général de la Conférence nationale de santé Thomas Dietrich. Lors de sa démission fracassante, le 19 février 2016, ce haut fonctionnaire s’était alarmé des conséquences de l’absence de démocratie sur les questions de santé : « De plus en plus de parents renonceront à vacciner leurs enfants, prédisait-il, faute de pouvoir disposer d’une information qui ne soit pas entachée du soupçon de la partialité et du conflit d’intérêts avec les laboratoires pharmaceutiques » (4).

De fait, l’agence de presse médicale APMNews révélait quelques mois plus tard, en décembre 2016, que trois médecins du comité d’orientation avaient déclaré des liens d’intérêts avec des laboratoires commercialisant ou développant des vaccins, et que l’un d’eux n’avait « pas mentionné une dizaine de conventions avec MSD, huit avec Sanofi et des avantages avec ces deux laboratoires et Pfizer (5) ». Il apparaissait également que le président du comité, M. Alain Fischer, n’avait pas noté dans sa déclaration publique d’intérêts avoir reçu, en 2013, un prix Sanofi-Institut Pasteur de 100 000 euros. En outre, les conclusions présentées par celui-ci n’étaient pas le reflet de la concertation sur des points majeurs. Le jury de professionnels de la santé estimait, par exemple, que « le principe d’obligation vaccinale n’instaure pas la confiance », le jugeant même « contre-productif ». Le jury de citoyens suggérait, lui, d’explorer la piste de vaccins sans adjuvant aluminique, situant cette question « au cœur de la controverse ». Le comité a conclu que « les recherches en cours n’ont pas pour but de remplacer les sels d’aluminium, dont l’efficacité et la sécurité d’utilisation sont bien démontrées dans les vaccins existants ». Selon l’association pour une information médicale indépendante Formindep, cette concertation constitue « un échec complet » et traduit « un tableau alarmant de notre “démocratie sanitaire” ».

Pour justifier sa mesure, la ministre de la santé a aussi plusieurs fois évoqué « une couverture vaccinale qui ne cesse de baisser ». Mais les données officielles de Santé publique France indiquent le contraire : en 2015, la couverture des enfants de 2 ans contre la diphtérie, le tétanos, la poliomyélite, la coqueluche et Haemophilus influenzae B dépassait les 95 % (alors qu’elle oscillait entre 87 et 91 % entre 2000 et 2013). Inférieures, les couvertures pour les autres vaccins progressaient également (6). En outre, confirme l’organisme, la primo-vaccination du nourrisson (98 % ou plus) est « très élevée et conforme aux objectifs de santé publique ». D’après le « Baromètre santé 2016 » — soit avant l’obligation —, seuls 2 % des Français étaient opposés à toute vaccination, et 41 % à certaines (grippe et hépatite B en tête). Ils étaient 53 % en 2010.

Radicalisation du discours

« Des enfants meurent de la rougeole aujourd’hui en France. Dans la patrie de Pasteur, ce n’est pas admissible », déclarait le premier ministre Édouard Philippe dans son discours de politique générale de juillet 2017 en évoquant les dix morts survenues entre 2008 et 2016. Le Collège national des généralistes enseignants (CNGE), pourtant farouche défenseur de la vaccination, lui a répondu : « D’autres exemples sanitaires pourtant bien plus graves n’entraînent pas à juste raison une telle posture autoritaire. » En apportant cette précision : la majorité des personnes mortes de la rougeole souffraient « d’un déficit immunitaire contre-indiquant de fait cette vaccination ».

Il n’y avait donc pas d’urgence sanitaire. Les autorités ont postulé une baisse de la couverture vaccinale en cas de levée des obligations ou de retour sur le marché du DTP. Pourtant, le HCSP rappelait en 2014 que « les pays européens de niveau comparable à la France obtiennent (...) des couvertures vaccinales supérieures à 90 % sans obligation ».

Exiger ou préconiser ? - Cécile Marin

Exiger ou préconiser ? - Cécile Marin

Dans l’arène politique, la mesure n’a pas suscité de remous, hormis la demande d’un moratoire par sept parlementaires de tous bords. Elle a été saluée par la plupart des sociétés savantes, dont l’Académie nationale de médecine et par de nombreuses sociétés de pédiatrie et des syndicats médicaux qui ont exprimé leur soutien à la ministre dans un communiqué commun : « Une proportion, certes minoritaire, des enfants n’est pas protégée et met aussi en danger les autres, en particulier dans les collectivités. La plupart de ces vaccins protègent également de façon indirecte les sujets fragiles, les malades, les sujets âgés et les nourrissons trop petits pour avoir déjà reçu leurs propres vaccins. »

Reconnaissant que la plupart des pays n’ont pas besoin d’obligation, les signataires expliquent néanmoins que « l’extension des obligations a été la seule solution que nos tutelles pouvaient retenir en raison du contexte spécifique français », qui tiendrait, selon une note jointe, à la forte proportion « d’hésitants » face à la vaccination. Cosignataire du communiqué, le professeur Philippe Sansonetti, de l’Institut Pasteur, souligne que « les jeunes parents ont du mal à imaginer concrètement ce que serait un monde sans vaccin. Il leur manque un référentiel, l’expérience vécue de ce qu’étaient les ravages des maladies infectieuses (7) ».

À l’inverse, pour le CNGE, cette mesure « simpliste et inadaptée » contredit la loi du 4 mars 2002 relative aux droits des malades, laquelle précise qu’« aucun acte médical ni aucun traitement ne peut être pratiqué sans le consentement libre et éclairé de la personne ». Les généralistes enseignants craignent que l’obligation ne « renforce la défiance et la suspicion d’une partie croissante de la population » et qu’elle ne sape des années de pédagogie auprès de leurs patients. Une inquiétude partagée par le Collège de la médecine générale.

Outre-Atlantique, Mme Hillary Clinton tweetait en 2015 : « La Terre est ronde, le ciel est bleu, et les vaccins fonctionnent. » Mme Buzyn affirme aujourd’hui : « Nous avons la certitude que ces vaccins sont inoffensifs. » Lise Barnéoud raconte dans son livre sur les vaccins (8) les « minimisations hypocrites des risques » entendues de la bouche d’experts reconnus. L’acte vaccinal comporte toujours une part d’aléa, même infime. La notice d’un vaccin suffit à s’en convaincre. Ainsi, le 7 mai 2015, le HCSP suspendait la recommandation du vaccin contre le rotavirus (gastro-entérite) après « la notification d’effets indésirables graves y compris ayant pu entraîner la mort, après la vaccination, de nourrissons ». Pourtant, questionner la sûreté de chaque acte vaccinal, qui est irréversible et se fait en général sur un corps en bonne santé, c’est prendre le risque d’être taxé d’« antivaccins ». Et ce rejet du débat radicalise le discours en face, qui n’échappe pas à l’irrationnel.

Le temps et les moyens de la réflexion

« Trop de mythes et de croyances entrent dans l’acceptation ou le refus d’un vaccin », constate Lise Barnéoud, qui plaide l’abandon du discours sur la vaccination en général au bénéfice des faits, vaccin par vaccin. Les questions qui alimentent les controverses sont nombreuses : quelle part l’hygiène et l’accès aux soins ont-ils joué dans la régression de certaines maladies ? Jusqu’où le principe de la vaccination solidaire (pour protéger les plus faibles ou les personnes immunodéprimées, qui ne peuvent être vaccinées) doit-il s’étendre ? Est-il justifié de vacciner un bébé contre l’hépatite B, qui se transmet par le sang et les relations sexuelles ? Consacre-t-on suffisamment de moyens à l’étude des risques ? Autant de questions qui méritent le temps et les moyens de la réflexion. « Les vaccins interrogent notre façon de faire société », résume Lise Barnéoud, qui décrit les obstacles, psychologiques et financiers, rencontrés par les chercheurs dont les travaux examinent certains de ces enjeux. Faut-il s’en étonner, puisque « la plupart des études sur les vaccins sont financées par l’industrie », comme le remarque le professeur Bruno Lina, référent national sur la grippe (9) ?

Dans une lettre ouverte aux députés, des généralistes estiment disproportionnée la privation de collectivité pour des enfants non vaccinés au vu des risques « inexistants ou infinitésimaux » de certains vaccins obligatoires, et ajoutent que, pour les infections à méningocoque C, notamment, « la vaccination universelle risque de provoquer plus d’effets indésirables graves chez les nourrissons que de bénéfices dans la population générale ». A contrario, la varicelle — très contagieuse — cause une vingtaine de morts par an, mais reste considérée par les autorités françaises et l’ensemble du corps médical comme une maladie infantile bénigne, alors que le vaccin est obligatoire en Italie (avec neuf autres). Ces praticiens rappellent aussi la responsabilité des autorités dans la crise de confiance en évoquant l’emballement et la surévaluation du risque dans la gestion de l’épidémie de grippe H1N1 en 2009-2010, malgré des données rassurantes en provenance de l’hémisphère Sud. L’exclusion des médecins généralistes du dispositif de vaccination d’envergure mis en place à cette époque et l’injection « à la hâte dans des lieux de vaccination collectifs en dépit des risques évidents de contamination » a signé, selon eux, un échec de l’expertise scientifique et de la concertation. Le Sénat avait constaté que seulement 6 millions de doses de vaccins avaient été utilisées sur les 94 millions commandées par l’État via des contrats d’un « remarquable déséquilibre » au profit des laboratoires et d’une « légalité douteuse de certaines de leurs clauses » (10). Et l’ANSM avait confirmé, en 2013, un lien entre le vaccin Pandemrix utilisé dans cette campagne et l’augmentation des cas de narcolepsie, ouvrant la voie à des indemnisations par l’État.

Autre époque, autre affaire : les ratés de la campagne de vaccination massive contre l’hépatite B dans les années 1990. La communication agressive, voire mensongère, des laboratoires sur les dangers de la maladie, reprise par les pouvoirs publics jusque dans les collèges, avait conduit le tiers de la population à se faire vacciner, largement au-delà des adolescents, ciblés au départ. Puis, en 1998, face à l’augmentation de cas de sclérose en plaques rapportés à la pharmacovigilance, le secrétaire d’État à la santé Bernard Kouchner avait décidé de suspendre la vaccination scolaire et de la limiter chez les adultes aux personnes « à risque », en la conservant chez le nourrisson. La controverse, doublée de feuilletons judiciaires, ne s’est jamais éteinte. Après dix-sept ans d’instruction, la justice française a rendu, en mars 2016, un non-lieu dans l’enquête sur le vaccin contre l’hépatite B. En l’absence de « causalité certaine », la juge, suivant les réquisitions du parquet, n’a pas retenu de faute d’imprudence ou de négligence, tandis que les parties civiles déploraient « une volonté de ne pas aboutir » (11).

Mais, le 21 juin 2017, la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) ouvrait une brèche pour des poursuites après la plainte d’une personne victime d’une sclérose en plaques contre Sanofi Pasteur, qui produit le vaccin contre l’hépatite B : « Nonobstant la constatation que la recherche médicale n’établit ni n’infirme l’existence d’un lien entre l’administration du vaccin concerné et la survenance de la maladie dont est atteinte la victime, certains éléments de fait invoqués par le demandeur constituent des indices graves, précis et concordants permettant de conclure à l’existence d’un défaut du vaccin et à celle d’un lien de causalité entre ce défaut et ladite maladie (12).  » Les présomptions restent à l’appréciation du juge, et la Cour de cassation a rejeté le 18 octobre 2017 les preuves rapportées par deux victimes (13).

Dans un autre registre, le Conseil d’État a reconnu, en 2012, un lien entre l’aluminium d’un vaccin et les symptômes de la myofasciite à macrophages, une maladie touchant les muscles et les articulations. Le professeur Romain Gherardi, spécialiste des maladies neuromusculaires, a mis en évidence cette liaison chez certaines personnes, avec une possible prédisposition génétique. Ses récents travaux ont réveillé la controverse sur la toxicité de l’adjuvant aluminique (utilisé dans les vaccins pour optimiser leur efficacité), comme ceux très récents du professeur Christopher Exley établissant un lien possible avec l’autisme (14).

Interrogée à l’Assemblée nationale le 26 juillet 2017 lors des questions au gouvernement, la ministre de la santé avait répondu : « Vous dites : “Pouvons-nous trouver des adjuvants moins nocifs ?” Mais ils ne sont pas nocifs pour la santé, tous les rapports le montrent »... Exit la piste de l’adjuvant à base de phosphate de calcium réclamé par certains citoyens. Huit vaccins sur les onze obligatoires contiennent de l’aluminium.

Certains chroniqueurs déplorent de voir « le juge s’ériger en majesté au-delà du savoir scientifique (15) ». Mais, pour les personnes s’estimant victimes d’un vaccin, ces décisions de justice apportent l’espoir de voir leurs souffrances reconnues. C’est le cas de centaines de familles ayant recouru au vaccin Meningitec, dont plusieurs lots défectueux ont été retirés de la vente en septembre 2014. Celles-ci bataillent pour faire reconnaître les effets indésirables dont souffrent leurs enfants. Après les conclusions de l’ANSM de juillet 2016 sur l’absence de risque pour les personnes vaccinées avec les lots défectueux, elles espèrent être entendues devant les tribunaux, sur la base d’une autre expertise faisantétat d’une contamination par des nanoparticules de métaux lourds. Des plaintes au civil et au pénal ont été déposées. Cependant, l’Office national d’indemnisation des accidents médicaux n’examinera pas ce dossier, ce vaccin n’étant pas obligatoire.

Limites de la pharmacovigilance

Les lacunes de la pharmacovigilance participent de ce manque de reconnaissance des victimes. Celle-ci est pourtant essentielle pour signaler des effets indésirables d’autant plus indétectables lors des essais cliniques qu’ils restent exceptionnels. Le professeur Daniel Floret, président du Comité technique des vaccinations, notait qu’« il est généralement admis que 1 à 10 % des effets secondaires graves liés aux médicaments font l’objet d’une déclaration aux centres régionaux de pharmacovigilance (16) ».

Bruno Toussaint, directeur éditorial de la revue indépendante Prescrire, confirme que « ce que l’on voit comme effets indésirables n’est que la pointe de l’iceberg ». Manque d’incitation, de temps, craintes de lourdeurs administratives ou de litiges, ou supposition d’absence d’un lien de cause à effet sont à l’origine de la sous-notification par les professionnels de santé. Les autorités ont mis en place un système de surveillance renforcée et un formulaire de déclaration en ligne des effets indésirables pour le public.

Comme le souligne Paolo Bellavite, professeur de pathologie générale à l’université de Vérone, la pharmacovigilance a ses limites, car elle « renseigne sur des réactions étroitement liées dans le temps à la vaccination, alors qu’il est beaucoup plus probable qu’une maladie inflammatoire chronique ou auto-immune apparaisse à une telle distance de temps qu’il n’est plus possible d’établir (...) si elle a été déclenchée par le vaccin ou par d’autres facteurs environnementaux ou infectieux (17) ».

Les effets à long terme inquiètent d’autant plus que les vaccins sont plus nombreux : 264 seraient actuellement en développement dans les laboratoires américains, selon le dernier rapport annuel de cette industrie (18). « Viseront-ils tous à améliorer notre santé, ou bien celle des industriels qui les commercialisent ? », interroge Lise Barnéoud. En 2010, le sociologue Didier Torny, du comité technique des vaccinations, écrivait dans la revue du HCSP : « Il n’est pas rare que les structures d’expertise considèrent qu’un vaccin n’a pas d’intérêt en santé publique, même s’il est disponible, possède une autorisation de mise sur le marché et peut donc être prescrit. »

En employant un discours alarmiste, qu’ils reprochent aux plus critiques de la vaccination, et en renvoyant toute réserve au camp des antivaccins, les pouvoirs publics éludent la complexité du débat. Et nagent à contre-courant d’une partie de la société décidée à prendre sa part dans les choix en matière de santé. L’État passe ainsi à côté de son rôle d’arbitre censé mettre à distance tout intérêt privé dans la prise de décision, générant ses propres scandales. Les inquiétudes sur les vaccins ne pourront être levées qu’après un examen démocratique de tous les éléments scientifiques sur la base du principe de précaution. Hélas, noyée dans un vaste débat sur le budget de la Sécurité sociale, la question vaccinale n’aura été qu’effleurée par la nouvelle assemblée. Pour être vite enterrée par le gouvernement.

(1) France Inter, 15 septembre 2017.

(2) Au vaccin trivalent contre la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite (DTP) s’ajoutent ceux contre la coqueluche, l’hépatite B, la rougeole, les oreillons, la rubéole, Haemophilus influenzae B, le méningocoque C et le pneumocoque.

(3) Conseil d’État, « M. B... », décision no 397151 sur la vaccination obligatoire, 8 février 2017.

(4) Thomas Dietrich, « Démocratie en santé. Les illusions perdues » (PDF), contribution au rapport de l’Inspection générale des affaires sociales sur le pilotage de la démocratie en santé au sein du ministère des affaires sociales et de la santé remis le 19 février 2016.

(5) « Concertation citoyenne sur la vaccination : démocratie sanitaire et indépendance mises en question », APMNews, 2 décembre 2016.

(6) Pneumocoque, 91 % ; hépatite B, 88 % ; ROR, 78 % ; méningocoque C, 70 %.

(7) Philippe Sansonetti, Vaccins. Pourquoi ils sont indispensables, Odile Jacob, Paris, 2017.

(8) Lise Barnéoud, Immunisés ? un nouveau regard sur les vaccins, Premier Parallèle, Clamecy, 2017.

(9) « Vaccination : comment restaurer la confiance ? », Ordre national des médecins, juin 2017.

(10) « Rapport de la commission d’enquête sur le rôle des firmes pharmaceutiques dans la gestion par le gouvernement de la grippe A (H1N1)v », Sénat, 29 juillet 2010.

(11) Le Monde, 14 mars 2016.

(12) Cour de justice de l’Union européenne, affaire C-621/15, « N. W. e. a. contre Sanofi Pasteur MSD SNC e. a. », arrêt du 21 juin 2017.

(13) Cour de cassation, « Santé publique - responsabilité du fait des produits défectueux - Union européenne », arrêts n° 1099 et n° 1101 du 18 octobre 2017.

(14) Christopher Exley, Andrew King, Matthew Mold et Dorcas Umar, « Aluminium in brain tissue in autism », Journal of Trace Elements in Medicine and Biology, vol. 46, Elsevier, Amsterdam, mars 2018 (en ligne depuis le 26 novembre 2017).

(15) Blog de Jean-Yves Nau, Journalisme et santé publique, 22 juin 2017.

(16) Daniel Floret, « Comment faire de la pédagogie autour du vaccin ? », Actualité et dossier en santé publique, no 71, Haut Conseil de la santé publique, Paris, juin 2010.

(17) Paolo Bellavite, « Scienza e vaccinazioni. Plausibilità, evidenze, deontologia » (Science et vaccinations. Plausibilité, évidences, déontologie), texte adressé aux ordres provinciaux des médecins et aux responsables de la santé publique d’Italie.

(18) « Medicines in development, 2017 report. Vaccines », America’s Biopharmaceutical Companies, 9 novembre 2017.

Partager cet article
Repost0
11 janvier 2018 4 11 /01 /janvier /2018 10:48
Mort de Rémi Fraisse : pas de responsables, pas de coupables !

Un communiqué du 10 janvier 2018 de la Ligue des Droits de l’Homme que nous partageons totalement. Lire aussi Sivens: les chiffres qui montrent une justice à deux vitesses et Sivens - Le rapport de la Commission d'enquête de la LDH sur les conditions ayant conduit à la mort de Rémi Fraisse.

Au petit matin du 26 octobre 2014 mourrait Rémi Fraisse, militant écologiste pacifiste de 21 ans, frappé par le tir d’une grenade offensive lancée par un gendarme suite aux affrontements ayant eu lieu sur le site de Sivens.

La confusion qui avait suivi ce dramatique évènement, avec une succession d’informations contradictoires caractérisant une communication gouvernementale calamiteuse, avait conduit la Ligue des droits de l’Homme (LDH) à initier une enquête citoyenne visant à faire la lumière sur les faits ayant conduit à la mort de la jeune victime.

Au terme de ces travaux et des auditions des témoins sur le terrain, rappelant que les pouvoirs publics sollicités avaient refusé d’y répondre, le rapport d’enquête souligne le climat de violence disproportionnée induit par une présence massive des forces de l’ordre sur le site, et les errements quant aux prises de décisions des autorités impliquées, conjugués à l’opacité des responsabilités dans les chaînes de commandement tant aux plans politique qu’administratif.

Ce 8 janvier 2018, les juges d’instruction de Toulouse ont rendu une ordonnance de non-lieu en faveur du gendarme auteur du tir de grenade ayant causé la mort de Rémi Fraisse et placé sous le statut de témoin assisté depuis 2016.

Ainsi, après cette dernière décision, encore susceptible d’appel, personne ni aucun niveau hiérarchique n’aura finalement été amené à assumer ses responsabilités quant aux décisions qu’il a pu prendre. Qui peut croire que la justice y trouvera son compte ?

 

Partager cet article
Repost0
10 janvier 2018 3 10 /01 /janvier /2018 09:25
Le déclin programmé du moteur thermique

L’arbre du diesel cache une vaste forêt, presque un changement de civilisation. L’opprobre qui s’est abattu sur ce carburant pose désormais ouvertement la question du devenir du moteur thermique, qu’il fonctionne au gazole ou à l’essence. Après plus d’un siècle de pétarades et de règne sans partage, le moteur dit « à combustion interne », cœur de l’automobilité du XXe siècle, vacille. Ses fumées d’échappement ne sont pas seulement indésirables dans les centres-villes. Leur éradication est devenue un objectif stratégique, brandi par les pouvoirs publics comme gage de leur volonté d’agir pour la qualité de l’air et limiter les émissions de gaz à effet de serre ou de particules, même si les transports, donc l’automobile, ne constituent qu’une des sources de pollution.

A peine entré en fonctions comme ministre de la transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot a fixé à 2040 l’horizon qui doit marquer la fin de la commercialisation de véhicules thermiques, emboîtant le pas à d’autres pays parfois plus ambitieux, comme les Pays-Bas, qui ont retenu la date de 2035, ou la Norvège (2025). Une perspective qui recouvre des enjeux en termes d’emploi, car elle bouleverserait toute la chaîne de production, non seulement de moteurs, mais aussi de boîtes de vitesses. Une récente étude du groupe Elnet estime que 350 000 emplois disparaîtraient outre-Rhin si l’industrie automobile allemande se convertissait du jour au lendemain à l’électromobilité.

Effets d’annonce

Il y a dix ans, il était acquis que la hausse continue du pétrole finirait mécaniquement par avoir raison du moteur thermique. Mais celle-ci ne s’est pas produite, et ce sont des décisions politiques qui risquent d’en venir à bout. Des décisions d’autant plus malaisées à contrer par les constructeurs que les autorités décisionnaires ne sont plus seulement les interlocuteurs traditionnels que sont les gouvernements et la Commission européenne, mais aussi les élus des grandes métropoles. Des protagonistes sur lesquels il est difficile d’avoir prise – l’argument de l’emploi dans l’industrie automobile ne les touche pas forcément – et capables de prendre rapidement des mesures drastiques pour interdire l’accès au centre-ville.

Le déclin programmé du moteur thermique

Les constructeurs, conscients que les petites et grandes tricheries du « dieselgate » ont largement entamé leur crédit, sont peu loquaces sur la question de l’avenir du thermique. Tout le monde aura sa place dans le grand concert mondial de demain, assurent-ils benoîtement, tout en multipliant les effets d’annonce autour de la « voiture propre », c’est-à-dire électrifiée. Volvo fait acte de contrition en déclarant qu’il ne lancera plus de voitures dotées d’un moteur 100 % thermique à compter de 2019. BAIC, le cinquième constructeur chinois, fait savoir qu’il cessera de commercialiser des moteurs thermiques d’ici à 2019 à Pékin et d’ici à 2025 dans le reste du pays.

Le déclin programmé du moteur thermique

Même les marques allemandes abandonnent le moteur à explosion. Le groupe Volkswagen promet d’investir pas moins de 34 milliards d’euros d’ici à 2022 dans des modèles « à énergie nouvelle » et d’en devenir le leader. Matthias Müller, son patron, suggère au gouvernement de renoncer aux avantages fiscaux accordés au diesel, afin de favoriser la diffusion des modèles électriques. La leader du FDP, le parti libéral, le qualifie de « Judas du diesel ». Ambiance…

Impasse technologique

Le principal enseignement du « dieselgate » est que le moteur à combustion interne ne parvient plus à satisfaire aux objectifs « décarbonés » affichés par les pouvoirs publics, un constat valable quel que soit le continent. La tricherie commise par Volkswagen – et d’autres – résulte de l’impossibilité de coller aux seuils imposés pour les émissions de CO2, d’oxyde d’azote ou de particules fines. Pour passer sous les fourches Caudines des normes, tricher était sans doute la seule solution, alors que la réglementation avait considérablement salé l’addition en imposant aux moteurs diesel des filtres à particules ainsi que de complexes systèmes de recirculation des gaz d’échappement et de catalysation par injection d’urée. Le moteur essence (qui va devoir se doter lui aussi d’un filtre à particules) entre à son tour dans la même impasse technologique.

Le déclin programmé du moteur thermique

Une étude publiée mi-décembre par le Boston Consulting Group (BCG) considère, qu’après 2020, même les plus récents des moteurs à essence seront incapables de satisfaire aux normes. D’autant que le « dieselgate » a hâté la disparition de l’ancien standard de mesure de la consommation (NEDC), remplacé par un autre (WLTC), nettement plus crédible mais qui va augmenter mécaniquement les niveaux de consommation.

En Europe, la gamme de chaque constructeur ne devra pas dépasser une moyenne d’émission de 95 g de CO2 au km en 2021 (ce qui équivaut à une consommation de 4,1 litres aux 100 km), puis de 78 g en 2025. A moins que l’administration Trump ne revienne sur cet objectif, cette limite sera portée à 97 grammes aux Etats-Unis au milieu des années 2020, contre 150 g aujourd’hui. Ce qui n’est pas rien compte tenu de la masse moyenne des automobiles que conduisent les Américains. Placer la barre aussi haut impose des investissements très lourds – et donc un surcoût non négligeable pour le consommateur. Dans ces conditions, le BCG estime qu’à l’horizon 2021, « l’optimisation des moteurs à combustion interne aura atteint ses limites économiques ».

« La combustion du futur »

Certains refusent toutefois de croire à l’agonie du thermique. « On sous-estime les capacités d’adaptation et les progrès de ce moteur. Les innovations en cours sont nombreuses et elles pourraient bien réserver quelques surprises », assure l’un des dirigeants de la Plate-Forme de la filière automobile (PFA), un organisme qui rassemble les entreprises du secteur.

Dans son numéro de novembre 2017, Ingénieurs de l’auto, la revue de la Société des ingénieurs de l’automobile (SIA), passe en revue les solutions en cours de développement qui assureront « la combustion du futur » à l’horizon 2050 : le moteur à injection d’eau (qui permet de refroidir le mélange air-carburant), déjà exploité par BMW, l’allumage par compression, envisagé par Mazda, l’emploi de préchambres de combustion, qui semble intéresser Renault, ou le taux de compression variable, solution qui séduit PSA et son partenaire chinois Dongfeng. Des solutions efficaces, sans doute ; mais à quel prix ?

Des batteries toujours chères

Si les inconditionnels du thermique – et pas seulement les fans des gros V12 à la sonorité voluptueuse – ont du souci à se faire, c’est aussi parce qu’une alternative émerge face au modèle thermique dominant. Personne n’en doute, l’avenir de la voiture est à la mobilité électrique. Dans les premières années de l’automobile, cette option fut brièvement mise en concurrence avec le moteur à pétrole, avant d’être vite abandonnée. De ces années, reste la « Jamais-Contente », pilotée par Camille Jenatzy, sorte d’obus monté sur quatre roues qui fut, en 1899, le premier véhicule au monde à franchir la barre des 100 km/h.

Impossible, pourtant, de rivaliser avec l’essence, pas chère, abondante, facile à distribuer et dont la densité énergétique au litre est cinquante fois supérieure à celle d’une batterie. Au début des années 2000, une tentative de relance se brisa sur l’incohérence de l’Etat (contrairement aux engagements pris, le parc automobile des grands services publics resta acquis au tout-thermique), le pétrole bon marché et la sourde hostilité des constructeurs.

Tendance

Mais cette fois, la voiture électrique paraît en mesure d’être au rendez-vous. La liste des nouveautés « 100 % propres » attendues au cours des prochaines années a de quoi donner le tournis : vingt-deux chez Renault-Nissan dans les quatre ans, une cinquantaine au sein du groupe Volkswagen d’ici à 2025… Ecologique, la voiture électrique est aussi devenue, grâce à Tesla, résolument tendance.

Certes, la part de marché de ces modèles, majoritairement acquis par des particuliers, ne dépasse guère les 1 % ; mais leur progression est très soutenue. Et ils peuvent compter sur la Chine, qui instaurera à partir de 2019 des quotas de voitures propres de plus en plus exigeants. Pour le premier marché mondial, il ne s’agit pas seulement de réduire la pollution des grandes agglomérations mais aussi de miser sur la technologie des batteries, où ses constructeurs nationaux, qui ont fait l’impasse sur le thermique, sont très bien placés.

On ne saurait cependant envisager de passer directement d’un modèle à un autre. « Nous vivons une révolution de l’automobile mais nous ne sommes qu’au milieu du gué », prévient Michel Forissier, directeur recherche & développement de la division systèmes de propulsion chez Valeo. Le frein essentiel au développement de la voiture électrique, ce n’est pas l’autonomie des batteries (de 200 km à 400 km, selon les modèles) ni le manque de bornes de recharge. C’est surtout son prix. Un moteur essence coûte entre 1 500 et 2 000 euros ; un diesel, de 3 000 à 3 500 euros ; mais le moteur et (surtout) les batteries d’une voiture électrique se chiffrent entre 2 000 et 7 000 euros. « Actuellement, le coût du kWh est de 170 euros pour une électrique. En 2026, il pourrait descendre à 100 euros. Mais pour que l’on achète autant de véhicules électriques que de thermiques, il faudrait descendre à 70 euros », considère Michel Forissier.

Succès prévisible des motorisations hybrides

D’où le succès prévisible des motorisations hybrides, qu’elles soient standards ou rechargeables sur le réseau électrique (Phev), qui réduisent la consommation de carburant tout en permettant de parcourir certains tronçons en mode tout-électrique. Inaugurée en 1997 par la Toyota Prius, cette technologie tampon apparaît comme la seule à même de permettre aux motorisations conventionnelles de satisfaire à la prochaine génération de normes antipollution.

La plus grande part de marché devrait revenir aux hybrides légers, dits « mild hybrid », des systèmes accessibles aux voitures essence de très grande diffusion (le surcoût devrait être inférieur à 1 000 euros), dotés d’une batterie de 48 volts, qui vont apparaître dans les toutes prochaines années. Ces hybrides légers vont permettre aux moteurs conventionnels de moyenne cylindrée de faire aussi bien qu’un diesel en termes de consommation et d’émissions de CO2.

En 2030, estime Valeo, les « mild hybrid » totaliseront un tiers du marché mondial, à peu près autant que les électriques et les hybrides rechargeables… ou que les modèles thermiques, qui pèseraient donc encore lourd dans la balance. Mieux : l’explosion du marché automobile en Inde, en Afrique et en Asie, en favorisant les modèles bon marché de petite cylindrée – c’est-à-dire, par la force des choses, les petites voitures à essence –, devrait s’accompagner d’une augmentation de la diffusion des moteurs thermiques classiques, qui passerait à 92 millions en 2030, contre 72 millions aujourd’hui.

« Le moteur thermique est en sursis. Sans doute pour une durée de vingt à trente ans », estime Michel Forissier. Le Boston Consulting Group est plus optimiste. En 2030, il voit les moteurs thermiques s’arroger encore la moitié des ventes de voitures neuves. Après quoi, il faudra que les bons vieux trois, quatre ou six cylindres se résignent à rejoindre les rassemblements de collectionneurs.

Partager cet article
Repost0
9 janvier 2018 2 09 /01 /janvier /2018 11:35

L’État envisage d’enfouir les déchets nucléaires les plus dangereux à Bure, dans la Meuse. Dans le laboratoire souterrain, les scientifiques testent les propriétés de confinement de l’argile. En surface, les experts en relations publiques préparent l’opinion avant la demande d’autorisation à laquelle le gouvernement devra répondre. D'après Julien Baldassarra pour Le Monde Diplomatique de janvier 2018.Lire aussi Nouveaux doutes sur le stockage des déchets nucléaires à Bure, Déchets nucléaires : l’impasse et Le projet de stockage de déchets radioactifs à Bure gelé par la justice.

Le laboratoire de Bure teste, depuis le début des années 2000, la faisabilité d'un stockage géologique © Radio France / Angeline Demuynck

Le laboratoire de Bure teste, depuis le début des années 2000, la faisabilité d'un stockage géologique © Radio France / Angeline Demuynck

Dans les années 1980, l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) n’a pu mener à bien ses prospections dans quatre régions françaises. Chaque fois, la mobilisation des habitants avait contraint l’établissement public à renoncer à ses « études géologiques préliminaires ». En 1990, le premier ministre Michel Rocard décide d’un moratoire sur l’ensemble des projets relatifs à l’enfouissement des déchets radioactifs. Dix ans plus tard, l’Andra a tiré les leçons de ses échecs : l’acceptabilité sociale devient un élément crucial.

À la recherche de communes prêtes à l’accueillir, l’Andra travaille à gagner l’adhésion de la population, notamment en masquant les éléments anxiogènes. Ainsi, quand elle démarche les élus de Lorraine et de Champagne-Ardenne en 1996, l’agence opère un tour de passe-passe sémantique : un banal projet de « laboratoire de recherche » a remplacé le « centre d’enfouissement », avec la bénédiction du gouvernement de Lionel Jospin, qui autorise sa construction en décembre 1998. Un ancien conseiller municipal de Mandres-en-Barrois, une commune voisine de Bure, a ainsi raconté la genèse du projet : « Les gens n’ont pas réalisé quand ça a commencé. Il y a d’abord eu quelques forages, puis des algecos [baraquements], le rachat de cent hectares de ferme en 1997, des grilles installées, puis les travaux en 1999. C’est difficile de se rebeller contre un laboratoire, contre les scientifiques. On ne s’est pas méfié (1). »

Afin d’« être reconnue comme un acteur du développement économique local » (2), l’Andra sait se rendre indispensable. À Bure, le mobilier urbain est flambant neuf. L’église et les trottoirs ont été rénovés. Une salle des fêtes est même sortie de terre tandis que la commune de Mandres-en-Barrois a construit des terrains de tennis et de football. Dans certains villages déserts de la Meuse, les lampadaires de style fonctionnent avec des diodes, plus écologiques... Sur les petites routes qui découpent les champs, le goudron est frais, les lignes de rive ont été repeintes, et les ronds-points soigneusement décorés.

Les producteurs de déchets radioactifs (Électricité de France, le Commissariat à l’énergie atomique et Areva) versent de l’argent aux départements de la Meuse et de la Haute-Marne par le biais de deux groupements d’intérêt public (GIP) dont fait partie l’Andra. En 2016, le montant des aides allouées s’élevait à 32 millions d’euros pour la Meuse. Entre 2007 et 2016, les collectivités territoriales, les entreprises et les associations du département ont ainsi touché 271 millions d’euros (3). À cette enveloppe s’ajoute une dotation de 480 euros par habitant, versée annuellement aux communes situées dans un rayon de dix kilomètres autour du site. Une bouffée d’oxygène bienvenue dans cette région pauvre. Pour Mme Corinne François, membre de la coordination Bure Stop, avec ce mécanisme d’« accompagnement économique », « le lobby nucléaire achète le vote favorable des élus ».

En 1994, des opposants ont bien tenté de dénoncer ces incitations financières prévues par la loi du 30 décembre 1991, qu’ils jugent proches de la corruption. Mais le tribunal administratif, puis la cour administrative d’appel de Nancy, les a déboutés, cette dernière reconnaissant néanmoins que ces aides « altéraient le débat démocratique (4) ». M. Jean-Marc Fleury, ancien maire de Varney (Meuse), en a dressé, lui, un constat lucide : « Les collectivités locales ont pris l’habitude d’être arrosées par le GIP. En 2013-2014, son aide représentait 70 % du budget d’investissement pour la communauté de communes de Mandres-en-Barrois... »

L’écoblanchiment peine à convaincre

En 2014, au milieu des éoliennes plantées sur son site, l’Andra inaugure son Écothèque. Pièce maîtresse d’une stratégie de relations publiques bien ficelée, cette banque d’échantillons prélevés dans l’écosystème doit « préserver la mémoire environnementale du site », dont elle constituerait un « état de référence ». Elle vient compléter les autres dispositifs mis en place par l’Observatoire pérenne de l’environnement, créé en 2007 par l’Andra. Le message se veut rassurant : l’agence défend la planète. En 2012, M. Patrick Charton, alors responsable du développement durable à l’Andra, alla même jusqu’à qualifier le stockage des déchets radioactifs de « développement durable (5) ». Mais l’écoblanchiment peine à convaincre : trois riverains sur quatre jugent toujours le projet de Centre industriel de stockage géologique (Cigéo) dangereux pour l’environnement (6).

À l’occasion des sorties organisées par les établissements scolaires de la région ou avec leurs parents, lycéens et collégiens peuvent visiter gratuitement le complexe de l’Andra. Grâce au numérique, l’agence accroît encore sa visibilité et touche des internautes dans toute la France. Sur son site web, on trouve une foire aux questions qui anticipe et quadrille les interrogations du public. À une question sur l’intérêt de l’entreposage surveillé en surface adopté par d’autres pays, l’Andra répond par exemple que le stockage en profondeur est préférable « pour des raisons éthiques : ne pas reporter sur les générations futures le poids des déchets que nous produisons aujourd’hui » ... Mais le visiteur ne saura rien des déboires rencontrés par d’autres projets d’enfouissement, en Allemagne ou aux États-Unis.

Le Centre industriel de stockage se composerait de 300 kilomètres de galeries logées à 500 mètres de profondeur, d’une capacité de 10 100 mètres cubes pour les déchets de haute activité à vie longue et de 73 600 mètres cubes pour ceux de moyenne activité à vie longue. Bien qu’ils ne représentent que 3,3 % de la masse des déchets produits, ces rebuts concentreraient au même endroit 99,9 % de la radioactivité émise par les déchets ultimes de l’industrie nucléaire française (7). Les isotopes qu’ils dégagent resteront radiotoxiques pendant des centaines de milliers d’années. Par une loi adoptée en 2016, l’Assemblée nationale a balisé le chemin de l’Andra, qui doit déposer une demande d’autorisation pour le projet Cigéo avant la fin de 2018. Le gouvernement devrait ensuite statuer d’ici à 2021, dans la perspective d’une mise en service à l’horizon 2025.

 (1) Les témoignages d’élus ont été recueillis par Gaspard d’Allens et Andrea Fuori dans Bure, la bataille du nucléaire, Seuil, coll. « Reporterre », Paris, 2017.

(2) « Contrat d’objectifs État-Andra 2013-2016 » (PDF), Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra), 2013.

(3) « Rapport d’activités 2016 » (PDF), GIP Objectif Meuse.

(4) Libération, Paris, 28 août 2013.

(5) Le Journal de l’Andra, édition nationale, no 9, Châtenay-Malabry, hiver 2011-2012.

(6) Enquête IFOP pour l’Andra, avril 2017.

(7) Plutôt que « 99,9 % de la radioactivité émise par l’industrie nucléaire française » comme indiqué dans la version imprimée.

 

Partager cet article
Repost0
6 janvier 2018 6 06 /01 /janvier /2018 12:34

La compétition sans limite et la guerre de tous contre tous seraient-elles notre seul horizon? Absolument pas, soutiennent les biologistes Pablo Servigne et Gauthier Chapelle, selon lesquels l’entraide est omniprésente depuis les origines de la vie sur terre.Un entretien à propos du livre L’Entraide. L’autre loi de la jungle, de Pablo Servigne et Gauthier Chapelle. Les Liens qui libèrent, 2017, publié le 5 janvier 2018 dans le journal suisse Le Temps. Cf. la rencontre avec Pablo Servigne COP 21 ? Rencontre citoyenne à Romainville 27 novembre.

L’Entraide. L’autre loi de la jungle, de Pablo Servigne et Gauthier Chapelle. Les Liens qui libèrent, 2017

L’Entraide. L’autre loi de la jungle, de Pablo Servigne et Gauthier Chapelle. Les Liens qui libèrent, 2017

Comment nos sociétés modernes ont-elles pu ériger la compétition, la guerre de tous contre tous, en une loi naturelle et fondamentale de la vie?

Pablo Servigne: Cela s’est fait progressivement. L’explication qui nous paraît la plus intéressante est celle du philosophe Jean-Claude Michéa. Selon lui, nous venons d’une Europe traumatisée par les décennies de guerres de religion du Moyen Age. Les penseurs de l’époque, plongés dans cette violence perpétuelle, n’ont fini par voir dans la nature, et dans la nature humaine, que le côté obscur: agressivité, compétition et luttes fratricides. Thomas Hobbes, par exemple, considérait le monde vivant comme «la lutte de tous contre tous».

Les philosophes, lassés de tous ces conflits, ont donc posé les bases d’un contrat social minimal, sans morale, juste le marché et l’Etat pour cadrer nos pulsions naturellement égoïstes. Ce fut la naissance du libéralisme. Il y a une autre étape, deux siècles plus tard, en pleine Angleterre victorienne: le jeune capitalisme qui cherchait des fondements idéologiques à la compétition généralisée s’est emparé de la théorie de la sélection naturelle formulée par Darwin. Nous sommes tous nés dans ce bain idéologique. Cela nous semble normal, c’est devenu un mythe fondateur de notre société. Faites l’expérience autour de vous! Dites que l’être humain est naturellement altruiste, et vous serez traité de naïf. Dites qu’il est naturellement égoïste, on vous prendra pour un «réaliste».

Vous montrez que l’entraide est, au contraire, l’un des principes essentiels à l’œuvre dans le monde vivant. Quelles sont les principales découvertes qui ressortent de votre travail de synthèse?

Gauthier Chapelle: Ce qui est frustrant, mais aussi fascinant, c’est que Darwin lui-même avait déjà souligné le rôle fondamental de la coopération dans le monde vivant. Mais il a été interprété de travers! Et notre société est devenue hémiplégique. Elle marche sur une seule jambe, elle boîte.

Aujourd’hui on redécouvre la complexité de la vie, faite d’un entrelacement de compétition et de coopération. C’est ce que nous avons voulu faire dans notre livre, retrouver l’usage de notre deuxième jambe en synthétisant ce que les éthologues, botanistes, microbiologistes, économistes, psychologues, sociologues et anthropologues ont découvert sur la tendance qu’ont les êtres vivants à s’associer. Par exemple comment les bactéries se regroupent pour survivre, comment nous les humains avons une propension très forte à l’entraide spontanée, quelles sont les zones du cerveau qui s’activent lorsqu’une personne en face coopère, etc. L’ensemble de ces études met en lumière un grand principe du vivant. L’entraide est partout, depuis le début de la vie, sous de multiples formes. C’est passionnant.

Peut-on pour autant assimiler la compétition avec la rivalité, l’individualisme et l’égoïsme? La compétition n’est-elle pas un autre moteur de l’existence?

P.S.: C’est vrai, la compétition est aussi un principe du vivant, il ne s’agit pas de le nier. Chez les humains, elle peut servir à se surpasser, ou à souder des individus d’un groupe contre un ennemi commun. Chez les animaux et les plantes, elle sert généralement à s’assurer l’accès aux ressources, à défendre un territoire ou lors de la reproduction. Cette autre tendance des êtres vivants, que l’on appelle maladroitement la loi de la jungle, inclut donc aussi l’agressivité, l’égoïsme, et produit l’individualisme lorsqu’on en fait une idéologie. Mais si la compétition et la coopération sont entrelacées, comme le yin et le yang, nous montrons que la coopération tient un rôle plus important en tant que moteur de l’innovation, c’est-à-dire de la création de diversité.

Vous démontrez également qu’en matière d’évolution, l’entraide est bien plus pertinente que «la loi du plus fort».

G.C.: La sélection naturelle se déroule en deux étapes: création de diversité, et puis sélection des plus aptes. C’est le principe de base de l’évolution. A la première étape, c’est l’entraide, l’association entre organismes, qui permet d’innover radicalement, en plus des mutations aléatoires qui ne génèrent finalement que peu de différenciation. Et à la deuxième étape, la sélection des plus aptes, c’est encore une fois l’entraide qui tient le haut du pavé, car les individus qui survivent ne sont pas forcément les plus forts, ce sont surtout ceux qui s’entraident le plus.

Les études que vous évoquez mettent en évidence que plus le milieu est hostile ou difficile, dans le monde du vivant, plus l’entraide se développe. Et que l’abondance exacerberait au contraire la compétition…

P.S.: Absolument. L’idée que l’environnement joue un rôle fondamental dans l’apparition de l’entraide a déjà un siècle, mais elle a été oubliée de la biologie, trop focalisée sur les gènes pendant tout le XXe siècle. La pénurie appelle l’entraide et l’abondance engendre la compétition. Cela peut sembler contrintuitif! En fait, c’est plutôt logique: ce n’est que lorsqu’on est riche qu’on peut se permettre de dire à son voisin qu’on n’a pas besoin de lui. Mais lorsque les conditions redeviennent hostiles, seuls les groupes les plus coopératifs survivent. Les individualistes ne survivent pas longtemps!

Nous vivons dans un monde de plus en plus inégalitaire. Sans justice ni équité, l’entraide peut-elle se développer?

P.S.: Pas vraiment. Il existe trois ingrédients absolument indispensables à l’émergence d’une entraide solide et généralisée entre les membres d’un groupe: le sentiment de sécurité, le sentiment d’égalité et le sentiment de confiance. Si chaque individu ressent cela, alors il se passe quelque chose de magique, qui fait que le groupe se soude, qu’il devient une sorte de superorganisme. Au contraire, de hauts niveaux d’inégalité provoquent des sentiments d’injustice extrêmement toxiques pour la cohésion d’un groupe. C’est ce que nous observons en ce moment dans nos sociétés, où l’écart entre le sommet et la base de la pyramide n’a jamais été aussi important.

Vous souteniez dans un livre récent (Comment tout peut s’effondrer, coécrit avec Raphaël Stevens, Seuil, 2015) que la combinaison des crises que nous connaissons rend plausible, et même probable, un effondrement de nos sociétés. Vous écriviez alors que «se préparer à une catastrophe signifie d’abord tisser du lien autour de soi». Est-ce à dire qu’il faut apprendre de toute urgence à s’entraider?

P.S.: C’est une évidence! La sociologie des catastrophes nous apprend que c’est le tissu social qui fait la résilience d’une région, qui la rend capable de traverser les tempêtes sans sombrer. Ce n’est pas la richesse matérielle ni la solidité des bâtiments. C’est le lien, le sens de la communauté. Notre proposition est de réapprendre à vivre ensemble avant les grandes catastrophes. Et c’est difficile! On ne peut pas compter sur le bon sens et la bonne volonté, il faut redevenir experts en coopération, en altruisme, alors que notre éducation scolaire valorise essentiellement la compétition. Mais ce qui nous rend plutôt confiants est que nous avons maintenant les connaissances, et que nous en avons les capacités!

G.C.: Il faut se rendre compte que nous sommes l’espèce la plus coopérative du monde vivant. Dès 3 ou 5 mois, les bébés font preuve d’étonnantes aptitudes prosociales, comme certains cousins primates avec qui nous partageons les mêmes hormones et les mêmes circuits neuronaux. En fait, l’entraide est déjà profondément ancrée en nous, il n’y a qu’à regarder la complexité de nos systèmes de santé, ou de sécurité sociale, ou même les comportements altruistes après un tsunami ou un tremblement de terre. Il faut simplement arriver à le voir, et surtout à y croire. Puis il faut remettre tout cela au programme des écoles et des business schools! Lorsqu’il y aura autant d’équations mathématiques et de Prix Nobel d’économie sur l’entraide, alors nous pourrons discuter sérieusement d’un vrai projet de société.

Partager cet article
Repost0
24 décembre 2017 7 24 /12 /décembre /2017 09:36

Selon un article d’Anouch Missirian et de Wolfram Schlenker, de l’université Columbia (New York) publié dans Sciences le 21 décembre, si les émissions mondiales de gaz à effet de serre continuent de progresser à leur rythme actuel, les Vingt-Huit pourraient être confrontés à un flux massif de réfugiés. D’après Simon Roger le 22 décembre 2017 pour Le Monde. Lire aussi François Gemenne : « La France terre d’asile est une légende ». et Migrants : dix raisons de les accueillir dignement en Europe et d'ouvrir les frontières.

Sauvetage de migrants au large des côtes libyennes par les autorités italiennes, en août 2016. EMILIO MORETTI / AP

Sauvetage de migrants au large des côtes libyennes par les autorités italiennes, en août 2016. EMILIO MORETTI / AP

En plein débat sur la politique migratoire européenne, l’article de Science corrélant l’évolution de la température mondiale et le nombre de demandes d’asile auprès des vingt-huit pays membres de l’Union européenne (UE) devrait susciter quelques réactions.

Publiés jeudi 21 décembre, les travaux d’Anouch Missirian et de Wolfram Schlenker, de l’université Columbia (New York), se fondent sur l’analyse croisée, pour les années 2000-2014, de plusieurs bases de données : chiffres du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, critères météorologiques, données socio-économiques, etc. Sur cette période, l’UE a réceptionné, en moyenne, 351 000 dossiers de demandeurs d’asile par an.

A partir des informations collectées dans cent trois pays de départ, les chercheurs ont évalué l’impact de la température moyenne enregistrée dans les zones agricoles sur le phénomène migratoire. « Lorsqu’elle dévie de l’optimum de 20 °C pour tendre vers des [moyennes] plus basses ou plus élevées, les demandes d’asile s’accentuent », constate Anouch Missirian, précisant que « ces effets sont plus visibles en cas d’élévation de la température. »

« Établir un lien entre variable de température et flux migratoire n’est pas une approche nouvelle, juge François Gemenne, expert en géopolitique de l’environnement, mais l’effort de quantification et de projection proposé par cette étude est, en revanche, assez inédit. »

Poussant plus loin leur réflexion, les deux universitaires ont revisité les modèles de réchauffement climatique élaborés par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) à partir de leurs observations. Et leurs résultats jettent une lumière crue sur l’ampleur des migrations à laquelle l’UE va devoir faire face.

Deux scénarios possibles

Si les émissions mondiales de gaz à effet de serre continuent de progresser à leur rythme actuel et soumettent la Terre à une augmentation de température de l’ordre de 4,5 °C à 5 °C, les dossiers de demandes d’asile pourraient bondir de 188 % d’ici à 2100, soit 660 000 dossiers de plus que sur la période 2000-2014.

Si, en revanche, grâce aux efforts combinés des Etats et des acteurs non étatiques (collectivités locales, entreprises, société civile), l’espèce humaine parvient à stabiliser ces émissions et à contenir la surchauffe planétaire autour d’un seuil d’environ 2° C, les demandes d’asile ne devraient progresser que de 28 %.

« Dans le premier cas, on se retrouverait en plein scénario catastrophe, avec des hausses de température extrêmes et une explosion démographique qui nous entraînerait dans un monde inconnu, avance Anouch Missirian. En tout état de cause, cette interaction entre climat et migration est un sujet sensible, qui doit interpeller le monde politique, au-delà de la communauté des chercheurs. »

A commencer par les instances européennes, puisque l’étude se focalise sur l’espace communautaire. L’UE est un ensemble géographique pertinent à examiner : il est confronté depuis les années 2010 à une crise migratoire majeure.

En 2015, les Vingt-Huit ont accordé le droit d’asile à quelque 333 000 demandeurs, un chiffre en hausse de 72 % par rapport à 2014, d’après les données diffusées par l’office statistique européen, Eurostat. Mais les taux d’acceptation varient fortement d’un pays à l’autre. Et surtout, plus d’un million de migrants ont rejoint l’Europe, et plus de 3 700 personnes sont mortes en traversant la Méditerranée, au cours de cette même année 2015.

« La Commission européenne considère que, en dépit de la baisse des arrivées observée ces derniers mois au sein de l’UE, les facteurs de dynamique migratoire – changement climatique ou démographie à l’intérieur et aux marges de l’UE –, vont continuer à représenter un défi durant des décennies », a réagi l’un de ses porte-parole après lecture de l’article de Science.

« Myopie des gouvernements »

« La question migratoire est une priorité absolue pour l’UE, assure François Gemenne. En ce sens, l’étude est intéressante car elle peut nous aider à corriger la myopie des gouvernements actuels, qui font encore la distinction entre les bons réfugiés politiques d’un côté, les méchants migrants économiques de l’autre ! » Il poursuit : « La moitié de la population africaine, par exemple, tire l’essentiel de ses revenus de l’agriculture de subsistance. Elle est très vulnérable au dérèglement du climat. Autrement dit, ceux que l’on qualifie de “migrants économiques” sont aussi des migrants environnementaux ou climatiques. »

Selon les projections de Missirian et Schlenker, c’est en Afrique et au Moyen-Orient que pourraient apparaître les plus forts taux de demandes d’asile à la fin du siècle, au Niger, au Soudan, en Mauritanie, au Koweït et en Irak. Autant de pays soumis à d’importantes élévations de température ; victimes aussi, pour certains, d’une instabilité politique chronique.

La température n’est qu’un argument parmi d’autres dans la décision d’émigrer. Une approche multifactorielle de la réalité migratoire s’impose donc, mais aussi une analyse dépassionnée des chiffres brandis par les chercheurs de l’université Columbia.

L’hypothèse de 188 %, la plus significative, ne devrait pas voir le jour si l’UE, comme elle s’y est engagée, renforce la coopération et le soutien aux pays tiers et si des stratégies d’adaptation sont mises en œuvre dans les régions les plus sensibles au réchauffement climatique. « Un tel chiffre peut avoir un effet à double tranchant, prévient M. Gemenne. Il peut pousser à l’action ou, au contraire, effrayer les gouvernements et les conduire à un renforcement de leurs frontières. »

Partager cet article
Repost0
23 décembre 2017 6 23 /12 /décembre /2017 09:32

Certains articles du projet de loi de finances tournent le dos à des disposition sur la lutte contre le réchauffement climatique ou la préservation de la biodiversité. Par Rémi Barroux le 21 décembre 2017 pour Le Monde.

Nicolas Hulot, ministre de la transition écologiue, à l’Assemblée nationale, le 20 décembre. ALAIN JOCARD / AFP

Nicolas Hulot, ministre de la transition écologiue, à l’Assemblée nationale, le 20 décembre. ALAIN JOCARD / AFP

Étourderie ou décision politique assumée ? Certains articles du projet de loi de finances (PLF) tournent le dos à des dispositions pourtant vantées par le gouvernement sur la lutte contre le réchauffement climatique ou la préservation de la biodiversité.

Ainsi, la suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) et son remplacement par l’impôt sur la fortune immobilière (IFI) pourrait avoir des effets pervers sur les ambitions de rénovation thermique, une « priorité nationale » selon le plan climat présenté par le ministre de la transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot, le 6 juillet, ou encore la loi pour la transition énergétique de 2015.

« En gros, ce PLF aboutit à détaxer le patrimoine polluant et émetteur de gaz à effet de serre (avions privés, automobiles, yachts à moteur, actions de société pétrolières ou très intensives en énergie, etc.) et à surtaxer le patrimoine dépollué ou rénové », explique Guillaume Sainteny, haut fonctionnaire et maître de conférences à l’Ecole polytechnique, où il enseigne le développement durable. Le raisonnement est simple. En réalisant des travaux de rénovation thermique de son bien, un propriétaire va le voir prendre de la valeur et pourra le vendre plus cher. La plus-value immobilière sera plus importante et taxée davantage. Ce qui incite peu, explique M. Sainteny, à réaliser ces travaux.

Des travaux en baisse

Il en est de même pour l’impôt sur la fortune immobilière qui augmentera, freinant les ardeurs rénovatrices des propriétaires. « Si M. Durand est en dessous du seuil d’assujettissement à l’IFI, il sera tenté de ne pas rénover, car s’il le fait, il pourrait passer le seuil et devenir imposable, laissant ainsi son bien se dégrader », détaille Guillaume Sainteny, qui rappelle que le nombre de bailleurs effectuant des travaux ne cesse de diminuer : « moins 60 % depuis 2008 ».

Les associations de professionnels de l’immobilier mais aussi des ONG de défense de l’environnement, comme Humanité et biodiversité n’ont cessé d’alerter le gouvernement, en vain. « Il nous paraît inconcevable que les espaces naturels, dont le rendement est nul ou infime, voient leur taux d’impôt sur le revenu accru à 62,2 %, plus du double de celui des actions (30 %), soient soumis à un nouvel impôt sur la fortune immobilière et deviennent taxés à un taux de plus-value augmenté à 36,2 %, alors même que les plus-values mobilières disparaissent. Cela revient à faire des écosystèmes les biens les plus imposés de France », a ainsi écrit à M. Hulot, Agnès Michelot, la présidente de la Société française pour le droit de l’environnement, le 10 décembre.

Partager cet article
Repost0
22 décembre 2017 5 22 /12 /décembre /2017 09:10

Un communiqué de la Ligue des Droits de l’Homme du 18 décembre 2017. Lire aussi Le numérique assigné à l'état d'urgence permanent, Loi de sécurité intérieure et de lutte contre le terrorisme : La LDH demande la censure du Conseil constitutionnel et Etat d’urgence : des mesures déclarées anticonstitutionnelles.

Le Conseil constitutionnel, saisi d’une question prioritaire de constitutionnalité (QPC), à laquelle la Ligue des droits de l’Homme (LDH) s’était jointe, vient de déclarer contraire à la Constitution la nouvelle version, résultant de la loi du 28 février 2017, du délit de consultation habituelle des sites Internet terroristes.

Le Conseil constitutionnel, comme il l’avait déjà considéré dans sa décision du 10 février 2017 qui censurait alors la première version du texte, relève que la législation comprend déjà un ensemble considérable d’infractions et de dispositions procédurales pénales spécifiques ou de mesures administratives ayant pour objet de prévenir la commission d’actes de terrorisme.

Il critique la rédaction défectueuse du texte qui fait peser une incertitude sur la portée exacte de l’incrimination. Il considère, en conséquence, que l’atteinte portée à la liberté de communication n’est pas nécessaire, adaptée et proportionnée.

La LDH avait alerté, lors des débats parlementaires, sur ces risques d’atteintes disproportionnées aux droits et aux libertés, et rappelé que la lutte contre le terrorisme devait et pouvait s’inscrire dans le respect des libertés fondamentales.

La Ligue des droits de l’Homme salue cette décision qui rappelle une nouvelle fois, de manière ferme, au législateur que la liberté de communication des pensées et des opinions est, comme l’exprime la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen, dans son article 11, un des droits les plus précieux de l’humanité.

Partager cet article
Repost0

Archives

L'écologie aux Lilas et au Pré ...

Les maires et élus écologistes ne se résignent pas à laisser l’avenir s’assombrir de jour en jour

Pour une restauration scolaire de qualité, durable, équitable, accessible aux Lilas

Les zadistes de Gonesse ont-ils raison de s’opposer à une gare en plein champ ?

Une nouvelle ZAD près de chez vous

Pour le projet CARMA contre la reprise des travaux de la gare "Triangle de Gonesse"

Les Lilas écologie - en campagne pour gagner

Les Lilas Ecologie en campagne

Le gouvernement abandonne Europacity, pas l’artificialisation des terres agricoles

Il faut stopper EuropaCity - marche citoyenne de Gonesse à Matignon 4 et 5 octobre

Aux Lilas, les citoyens s’unissent pour produire de l’électricité verte

Les promoteurs, les arbres et la cité - lettre ouverte à BNP Paribas

Toxic Tour de Pantin à Romainville dimanche 16 juin 2019

Une Biorégion Ile-de-France résiliente en 2050

Merci aux 1779 Lilasiennes et Lilasiens qui ont voté " Pour le climat, tout doit changer ! "

Pollution de l’air dans les écoles et crèches franciliennes

Volonté politique de créer une régie publique de l’eau à Est Ensemble, mythe ou réalité ?

À la base … un revenu ?

Balade naturaliste Parcs de la Corniche des Forts et abords de la forêt de Romainville le 9 mars 2019 à 11h

La forêt de Romainville, un enjeu écologique et politique

La Forêt passe à l'attaque !

Plâtre et béton sur la Corniche

Agir ensemble pour les Coquelicots le 7 décembre

Marche pour le climat, Défendons la forêt de la Corniche des Forts

Destruction des océans, sur-pêche, pêche électrique... avec Bloom mardi 20 novembre

À Romainville, les habitants défendent une forêt sauvage contre une base de loisirs régionale

Marches pour le climat et la biodiversité 13 et 14 octobre

Les amis des coquelicots étaient bienvenus...

Amis des coquelicots, agissons ensemble vendredi 5 octobre à 18H30

La forêt urbaine de la Corniche des Forts - une chance unique à nos portes

Mobilisation citoyenne à la marche pour le climat samedi 8 septembre à Paris

Un coup de pouce Vert pour les Électrons solaires ! 

Le collectif Eau publique des Lilas invite au dialogue le 21 mars

Entre le nucléaire et la bougie, il y a l’intelligence - du 10 au 18 mars aux Lilas

En Ile de France, les énergies renouvelables citoyennes ont le vent en poupe...

Le Syctom a organisé une concertation réservée aux sachants – et après ?

Une enquête publique sur le PLU des Lilas… qui change la donne !

Une victoire pour l'eau publique en Île-de-France

L’eau publique, c’est maintenant !

L’Ouest de la Seine Saint-Denis se mobilise pour la création d’un service public de l’eau

Romainville : le Syctom lance une concertation préalable pour la modernisation du centre de transfert et de tri des déchets

Que sont ces CSR - Combustibles Solides de Récupération - qu’on veut brûler à Romainville ?

Ces parents qui mijotent une cantine publique

De nouvelles préconisations nutritionnelles... Pas d'usine, on cuisine !

À Romainville contre l’incinération

Une victoire de l'engagement citoyen aux cantines rebelles du 10 novembre

Derniers échos de la révision du PLU des Lilas

Les Sans Radio retrouvent les ondes

Europacity : le débat public se conclut sur des positions inconciliables

Le parc (George-Valbon La Courneuve) debout !

Grand Paris : non à la logique financière

Pour une gestion publique, démocratique et écologique de l'eau

Le revenu de base ? Débat mardi 14 juin 20h

C'était la Grande Parade Métèque 2016...

La nature : une solution au changement climatique en Île-de-France

Participer à la Grande Parade Métèque samedi 28 mai 2016

PLU des lilas: enfin un diagnostic et état initial de l'environnement ... à compléter

Avec la loi « Travail », où irait-on ? Débattons-en mercredi 30 mars

Réduire la place de la voiture des actes pas des paroles

La COP 21 aux Lilas

La nature est un champ de bataille

Alternatiba et le Ruban pour le climat des Lilas à la République

Un compost de quartier aux Lilas

Devoir d'asile : de l'Etat jusqu'aux Lilas

Un ruban pour le climat aux Lilas

Six propositions vertes pour une révision du PLU véritablement utile

La Grande Parade Métèque samedi 30 mai

Fête de la transition énergetique et citoyenne le 9 mai aux Lilas