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24 janvier 2019 4 24 /01 /janvier /2019 09:04

Comment éviter l’échec du grand débat ? Le collectif Démocratie ouverte mêlant des militants de la démocratie participative, des écologistes, des élus et des Gilets jaunes avance ses propositions. D’après Charles de Saint-Sauveur et Henri Vernet le 23 janvier 2019 pour Le Parisien.

Les « Gilets citoyens » écrivent au Président de la République

Emmanuel Macron voulait voir fleurir mille débats, quitte à ce que les citoyens soient eux-mêmes directement à l’initiative. Le voilà servi. Le collectif Démocratie Ouverte, rassemblant des gens de tous horizons, Gilets jaunes, Gilets verts - c’est-à-dire écolos -, élus locaux, experts, et tout simplement citoyens « concernés », adresse ce mercredi une lettre ouverte au chef de l’Etat.

La centaine de signataires exprime une double crainte : « que le débat se transforme en énorme défouloir de colères, qui n’aurait ni queue ni tête », alerte Mathilde Imer, coprésidente de Démocratie ouverte, et l’une des initiatrices de la vidéo de « l’affaire du siècle », cette campagne de « justice climatique » contre l’Etat appuyée sur une pétition de plus de 2 millions de signataires.

« Un moyen de nous endormir »

Le deuxième risque, souligné par le collectif, c’est celui de « l’enfumage ». « Il n’y a aucune garantie sur la transparence des débats et surtout aucun engagement concret du pouvoir sur les débouchés de cette consultation », reprend Mathilde Imer. « Tel qu’il a été lancé par Macron, ce grand débat est un moyen de nous endormir », gronde Grégory Signoret, Gilet jaune du Vaucluse.

Une assemblée de citoyens tirés au sort

Comment éviter ce fiasco ? Dans leur lettre, intitulée « Pour un nouveau souffle démocratique », ces militants de tous bords — de la présidente de la région Occitanie Carole Delga au réalisateur écolo du film « Demain » Cyril Dion, en passant par la négociatrice de la COP21 à Paris Laurence Tubiana ou encore la Gilet jaune Priscillia Ludosky — détaillent au président de la République leurs propositions chocs. D’abord, la création d’un observatoire indépendant et transparent, dont les membres ne seront pas nommés par l’Etat comme c’est le cas des cinq « garants » du grand débat. Ensuite, et c’est leur principale revendication, la mise sur pied d’une « Assemblée citoyenne », de quelques centaines de membres tirés au sort — comme l’Irlande l’a expérimenté pour la très délicate réforme du mariage pour tous.

Leur mission ? Faire le tri parmi les propositions qui émergeront des deux mois de grand débat, sans exclure les idées qui émaneront des forums alternatifs, jusqu’aux ronds-points des Gilets jaunes. Les travaux de cette Assemblée, filmés et retransmis en continu, déboucheront, rapidement, sur un référendum à choix multiple. Cette formule, compatible avec le RIC (référendum d’initiative citoyenne exigé par les Gilets jaunes), permettrait d’éviter un référendum « oui ou non », qui se transformerait à coup sûr en vote pour ou contre Macron. « Il y a un vrai engouement et une volonté d’apporter des solutions concrètes dont les citoyens peuvent s’emparer pour reprendre un peu de pouvoir », constate le politologue Romain Slitine, coauteur du « Coup d’Etat citoyen » (la Découverte).

« Il nous semble indispensable que le grand débat ne soit pas un moment isolé après lequel on reviendrait aux pratiques politiques traditionnelles », préviennent les signataires. Sinon, la France risque, selon eux, de s’enfoncer dans l’indifférence, l’abstention ou le triomphe des extrémistes. « Si un grand nombre de citoyens se mobilise et que le gouvernement n’en fait rien, la déception sera explosive », prophétise Loïc Blondiaux, professeur à la Sorbonne. A Emmanuel Macron de saisir la perche.

Réussir le Grand Débat National : pour un nouveau souffle démocratique

Lettre ouverte au Président de la République par Démocratie Ouverte.

Monsieur le Président de la République,

Le 15 janvier dernier, vous adressiez à l’ensemble des Français une lettre nous invitant à participer au Grand Débat National, déclenché suite au mouvement des Gilets jaunes. Le lancement d’un tel débat, qui crée une occasion d’inventer collectivement de nouvelles pratiques démocratiques, est enthousiasmant. Néanmoins, la précipitation, le flou, les incertitudes, le manque d’engagement et de transparence risquent fort de bloquer la participation d’un nombre significatif de Français, entachant ainsi la légitimité et l’efficacité du Grand Débat National.

Pour que les Français y participent massivement et sereinement cela suppose de mettre au point collectivement une méthode qui assure un débat transparent, aux contributions réellement prises en compte et débouchant sur des avancées concrètes. Nous, acteurs œuvrant en faveur de l’innovation démocratique depuis plusieurs années, groupements de gilets jaunes, représentants de mouvements écologistes et associatifs, acteurs de la société civile, chercheurs et citoyens craignons qu’un certain nombre de conditions ne soient pas remplies pour garantir la réussite de ce Grand Débat.

Pour appeler à participer et appuyer votre démarche, il manque en effet trois conditions essentielles. Afin de garantir aux Français son utilité, nous déploierons un dispositif à même de les satisfaire au mieux.

En premier lieu, il nous semble indispensable que ce débat soit mené de manière indépendante et avec une transparence exemplaire. Ainsi, afin d’analyser les conditions de sa mise en œuvre et en lien avec des médias, nous participerons dans les prochains jours à la mise en place d’un Observatoire qui étudiera les dispositifs et méthodes utilisés dans les débats, qu’ils soient organisés dans ou en dehors du cadre du Grand Débat. Ces éléments nous permettront de mettre en avant les réussites mais aussi d’alerter sur les dysfonctionnements.

En deuxième lieu, il nous semble indispensable qu’un engagement politique clair et fort soit pris sur le débouché concret des propositions qui émergeront, avant même de savoir ce que seront ces propositions. Ainsi, pour garantir la crédibilité et l’intérêt de la démarche, nous recommandons la mise en place d’une Assemblée citoyenne tirée au sort, représentative de la société, chargée de faire des propositions donnant lieu à un référendum à choix multiples. Les débats de cette assemblée seraient filmés et retransmis en continu.

Si un référendum seul peut faire peur à certains, articulé à une large délibération il permet de construire collectivement des solutions ayant une réelle cohérence d’ensemble. Les assemblées régionales prévues actuellement ne semblent pas pouvoir jouer ce rôle car, en l’état, elles n’auront pas la composition, le temps et les possibilités de délibération nécessaires. Compte tenu des circonstances et de l’enjeu, il est nécessaire d’être ambitieux en créant une assemblée réunissant quelques centaines de personnes, bénéficiant d’un temps suffisant et suivant une méthodologie rigoureuse ayant fait ses preuves. Elle traitera du RIC bien sûr puisqu’il a émergé comme une priorité ces dernières semaines, mais au-delà, elle reverra plus largement nos pratiques démocratiques afin qu’elles soient plus à même d’impliquer les citoyens de façon régulière et pas seulement lors des échéances électorales. De plus, cette assemblée hiérarchisera les propositions émanant des débats pour définir les priorités qui pourraient faire l’objet du référendum à choix multiples.

Ce n’est que par une démarche politique et démocratique ambitieuse que la confiance pourra revenir. Nous sommes prêts à soutenir et/ou réaliser par nous-même la mise en œuvre d’un tel dispositif, qui a déjà fait ses preuves ailleurs, dans des contextes très divers (notamment en Irlande, en Islande, ou encore au Canada). Les moyens, les outils, les recherches et retours d’expérience nécessaires à l’organisation d’une telle dynamique existent.

Nous entamons d’ores et déjà une réflexion collective sur les conditions de mise en œuvre d’une telle assemblée par des acteurs de la société civile, au cas où vous ne vous engageriez pas en ce sens. Nous travaillerons au rapprochement avec des initiatives convergentes.

En troisième lieu, il nous semble indispensable que le Grand Débat ne soit pas un moment isolé après lequel on reviendrait aux pratiques politiques traditionnelles. Ainsi, nous lançons également une boîte à outils (plateformes délibératives en ligne, méthodes d’animation, décryptages, etc.) destinée à tous les citoyens qui souhaitent s’inscrire dans un engagement de court ou long terme, dans le cadre du Grand Débat National ou en dehors. En effet, il nous semble essentiel de tirer parti des « énergies citoyennes » qui se sont exprimées, notamment de la part de personnes qui s’étaient éloignées de tout engagement. C’est une chance formidable pour réussir les transitions économiques, sociales et environnementales. Nous devons pouvoir tirer parti des débats locaux pour engager concrètement un travail de terrain afin de trouver des solutions aux problèmes qui ont été à l’origine de la crise.

Notre pratique démocratique doit devenir plus régulière, plus concrète, à toutes les échelles et sur tous les thèmes !

Monsieur le Président, vous avez appelé à « transformer les colères en solutions », voilà la manière dont nous pensons que nous pouvons y parvenir.

Nous souhaitons vivement la réussite d’une démarche démocratique ambitieuse et inédite. Nous sommes déterminés à y participer si les conditions sont réunies pour que ces transformations s’enclenchent réellement. Il faut pour cela reconnaître aux citoyens une compétence d’acteurs et pas seulement de spectateurs ou de commentateurs d’un jeu qui se passe ailleurs. Les Français veulent entrer dans le jeu !

Nous vivons une opportunité historique pour que les citoyens inventent la démocratie de demain. Soyons ensemble à la hauteur des enjeux.

Signataires :

Acteurs œuvrant en faveur de l’innovation démocratique, groupement de gilets jaunes, représentants de mouvements écologistes, chercheurs et experts de la démocratie participative, et acteurs de la société civile. Tous citoyens.

– Kévin André, Co-Président de Démocratie Ouverte et Fondateur de Kawaa

– Fanny Agostini, Journaliste et co-fondatrice LanDestini

– Sophie Aouizerate, Fondatrice de Raisonnances

– Achille Audouard, Co-responsable de l’antenne parisienne de I-buycott

– Jean Louis Bancel, Président du Crédit Coopératif 

– Julien Bayou, Conseiller régional d’ile de france

– Mathieu Baudin, Directeur de l’Institut des Futurs souhaitables

– Lucie Berson, membre et administratrice d’Astérya

– Grégory Bertrand, Simple citoyen, fondateur de Nous Rassemble

– Aurore Bimont, Co-fondatrice de Système D, l’incubateur de Démocratie Ouverte

– Loïc Blondiaux, Professeur à l’Université Paris-I Panthéon-Sorbonne 

– Delphine Blumereau, Directrice de la communication, Institut des Futurs souhaitables

– Lisa Basty, co-coordinatrice des Connecteurs citoyens d’Astérya 

– Christian de Boisredon, Fondateur de Sparknews 

– Medhi Bolic, Gilet Jaune, Association France Unité, référents Marseille 

– Dominique Bourg, philosophe français, professeur ordinaire à l’université de Lausanne

– Marie-Hélène Bacqué, professeure à l’Université Paris Ouest-Nanterre 

– Pierre-Marie Boulle, Gilet Jaune d’Apt

– Antoine Brachet, Co-Président de Démocratie Ouverte

– Cécile Calé, Agrégé Chercheur Arts & Philosophie politique, Co-Fondatrice Cercle Spiridion & Coop Cité Arts & Démocratie

– Mikael Carpentier, Gilet Jaune, référent Châteaurenard et membre du MTRF (Mouvement des Transmetteurs Réunis Français)

– Francois Cathelineau, Co-président de Tous Elus

– Hervé Chaygneaud-Dupuy, Innovateur sociétal et blogueur, membre de Démocratie Ouverte

– Tarik Chekchak, Directeur du pôle biomimétisme, Institut des Futurs souhaitables

– Enora Conan, Co-fondatrice du Labo de Démocratie Ouverte

– Danielle Le Coq, Gilet Jaunes, co-administratrice plateforme des revendications Bretagne, co-administrateur www.le-vrai-debat.fr

– Julian Couderc, Citoyen, Gilet jaune & Modérateur groupe facebook

– Lydie Coulon, Gilet Jaune, co-administratrice plateforme des revendications PACA et plateforme nationale www.le-vrai-debat.fr

– Dimitri Courant, chercheur en science politique,Université de Lausanne et Université Paris 8, spécialiste des assemblées citoyennes

– Laurie Debove, journaliste

– Carole Delga, Présidente de la Région Occitanie Pyrénées-Méditerranée

– Alexandre Detroux, ingénieur de concertation chez Bluenove

– Valérie Deldrève, directrice de recherche en sociologie, Irstea Bordeaux

– Quentin Desvigne, fondateur de Demodyne

– Cyril Dion, écrivain, poète et militant écologiste français, réalisateur du film DEMAIN

– Céline Evita, Fondatrice consultante Réponses Citoyennes, membre de Démocratie Ouverte

– Eric Favre, simple citoyen de seine et marne, gilet vert, bénévole du mouvement colibris

– André Feigeles, citoyen solidaire membre du Cercle des engagés de Démocratie Ouverte, Commission économique Nuit Debout, Conseiller de Quartier Paris.

– Frédéric Fleurié, Les-Gilets-Jaunes.re, plateforme de démocratie ouverte à l’île de la Réunion, co administrateur de la plateforme nationale www.le-vrai-debat.fr

– Jean-Marc Fortané, Président du MTRF (Mouvement des Transmetteurs Réunis Français) et co-initiateur de Fédération Citoyenne

– Jean-Baptiste de Foucauld, coordinateur du Pacte civique

– Jean-Michel Fourniau, président du Gis Démocratie et Participation

– Bruno Fournier, Gilet Jaune d’Apt

– Charles Fournier, Vice Président région centre Val de Loire

– Didier Fradin, La Belle Démocratie, Groupe de travail sur le Municipalisme

– Claude Grivel, Président de l’Union Nationale des Acteurs du Développement Local (Unadel)

– Florent Guignard, co-fondateur du journal Le Drenche

– Pierre-Yves Guihéneuf, délégué général de l’Institut de la Concertation et de la Participation Citoyenne (ICPC)

– Pierre Guilhaume, coordinateur du Pacte civique. Guillaume Ginier, membre et administrateur d’Astérya

– Clément Girard, consultant D21 et militant associatif, membre de Démocratie Ouverte

– Léa Giraud, Animatrice de communautés de Démocratie Ouverte

– Manon Godefroi, coordinatrice de la vie associative, du développement et de la mobilisation d’Astérya

– Pierre-Louis Guhur, co-fondateur du collectif Mieux Voter

– Philippe Honigman, Co-fondateur de Tribute

– Mathilde Imer, Co-Présidente de Démocratie Ouverte, co-coordinatrice de la campagne “On Est prêt”, et co-productrice de la vidéo de diffusion de la pétition “L’Affaire du Siècle” 

– Luc Jacob, Gilet jaune, co-administrateur plateforme des revendications Bretagne et plateforme nationale www.le-vrai-debat.fr

– Antonin Jourdan, responsable technique iD CITY , civic-tech 

– Janique Laudouar, fondatrice Le Blog de la Ménagère

– Brice Jehanno, Co-fondateur de Tous élus – Julien Joxe, directeur marchés francophones CitizenLab.

– Danielle Kerbrat, Gilet Jaune, Association France Unité, référents Marseille – Sophie Labrunie, membre et administratrice d’Astérya

– Ninon Lagarde, Co-présidente de Tous élus

– Henri Landes, co-fondateur de Landestini et CliMates ancien Directeur Général de la fondation Good Planet

– Claudy Lebreton, Membre de Démocratie Ouverte et ancien président de l’ADF. – Armel Le Coz, Co-fondateur de Démocratie Ouverte et Parlement et Citoyens

– Claire Lejeune, responsable du bouquet Transition Ecologique chez Bleu Blanc Zebre

– Anne-Elise Lenne, animation de concertations avec co-création de contenu multimédia en temps réel Cycla Wap

– Franck Lenoir, membre de Démocratie ouverte

– Olivier Lenoir, Co-fondateur d’Osons Ici et Maintenant

– Patrice Levallois, 4ème chambre

– Simon Leurent, Co-fondateur d’Osons Ici et Maintenant

– Cécile Lizé, co-coordinatrice des Connecteurs citoyens et administratrice d’Astérya

– Vianney Louvet, co-président de Tous Elus

– Clément Mabi, maître de conférences, Université de Technologie de Compiègne

– Basile Mace de lepinay Co-responsable de l’antenne parisienne de I-buycott Antoine Jestin, co-fondateur iD CITY, civic-tech

– Flora Magnan, cofondatrice de l’outil de lobbying citoyen United4Earth 

– Camille Marguin, Co-présidente de Tous Elus

– Fabien Martre, co-fondateur de Livedem

– Jean Massiet, Fondateur d’Accropolis

– Angélica Montes, philosophe, chercheuse associée au LLCP, Université Paris 8.

– Paloma Moritz, réalisatrice à Spicee média, co-fondatrice de Mieux Voter

– Catherine Neveu, directrice de recherche au CNRS, Tram-IIAC

– Anne-Sophie Novel, Journaliste et fondatrice de Place to B

– Kathleen Olanor, membre et administratrice d’Astérya

– Cécile Ostria, Directrice générale de la Fondation pour la Nature et l’Homme

– Chloé Pahud (co-fondatrice) et toute l’équipe de Civocracy

– Olivier Pastor, co-fondateur de l’Université du Nous

– Magali Payen, fondatrice de la campagne « On Est Prêt » et co-productrice de la vidéo de diffusion de la pétition “L’Affaire du Siècle”

– Nils Pedersen, Président de La Fonda

– Bertrand Pancher, Président de Décider Ensemble

– Aurélien Paccard, Institut des Futurs souhaitables

– Dominique Poirier, Retraité, ex “Architecte fonctions collaboratives” à la DGA

– Henri Poulain, Réalisateur, co-auteur et co-producteur du programme #DataGueule et réalisateur du film Démocratie(s)

– David Prost, gilet jaunes du vaucluse co-administrateur de la plateforme revendications PACA et plateforme nationale LE VRAI DEBAT

– Simon Quatrevaux, responsable conseil et développement iD CITY , civic-tech – Sylvain Raifaud, adjoint à la maire du Xème arrondissement de Paris 

– Gabriel Ray, Gilet jaune, co-administrateur plateforme des revendications Toulouse, co-administrateur www.le-vrai-debat.fr

– Alain Renk, Co-fondateur 7 Milliards d’Urbanistes

– Jean-Rémy Ricordel, citoyen engagé.

– Juliette Rohde, co-fondatrice de Saisir

– Julien Roirant, président d’AgoraLab

– Steven Rostren, Gilet Jaune, co-administrateur plateforme des revendications Bretagne, co-administrateur www.le-vrai-debat.fr

– Maxime de Rostolan, Fondateur de Fermes d’Avenir et Blue Bees

– Marion Roth, Directrice Décider Ensemble

– Gabriel Rouqueirol, Gilet Jaune d’Apt

– Quentin Sauzay, Co-fondateur du lobby citoyen ECHO

– Maxime Senzamici, Co-fondateur de l’outil de lobbying citoyen United4Earth – Grégory Signoret, gilet jaune du Vaucluse co-administrateur de la plateforme revendications PACA et plateforme nationale www.le-vrai-debat.fr

– Thomas Simon, Démocratie Ouverte et Co-fondateur de Les voies de la démocratie

– Yves Sintomer, professeur de sciences politiques à l’université de Paris

– Martin Serralta, Prospective des organisations Institut des Futurs souhaitables

– Blandine Sillard, administratrice d’Astérya et doctorante en science politique à l’Université Paris-I Panthéon-Sorbonne

– Elfaniel Sonnard, Citoyenne Gilet jaune & Modératrice groupe facebook

– Romain Slitine, Co-fondateur de Système D, l’incubateur de Démocratie Ouverte et auteur de “Le Coup d’Etat citoyen” (La Découverte)

– Maxime Souque, Gilet Jaune, Référent Avignon Sud, co-administrateur plateforme des revendications PACA, co-administrateur www.le-vrai-debat.fr

– Joe Spiegel, Maire de Kingersheim

– Julien Talpin, chargé de recherche au CNRS, Ceraps

– Frédéric Tinel, Gilet Jaune d’Apt

– Marie Toussaint, Présidente de Notre Affaire à Tous, une des 4 ONG portant le recours en justice “L’Affaire du Siècle”

– Jacques Trentesaux, journaliste et co-fondateur de Mediacités

– Laurence Tubiana, professeur à Sciences Po

– Valérie Urman, journaliste, membre de Démocratie Ouverte

– Marie Valéro, Gilet Jaune référente au Thor. Membre du cercle de gouvernance de la plateforme des revendications PACA et de www.le-vrai-debat.fr

– Aurélien Vernet, co-fondateur de CLIC (Citoyennes.ens lobbyistes d’intéret commun) : lobby-citoyen.fr

– Jean-Luc Verreaux, Délégué Général Institut des Futurs souhaitables

– Laetitia Veriter, Directrice des programme de Citizens for Europe

– Clément Viktorovitch, docteur en science politique, fondateur de l’Université populaire Politeia

– Stéphane Vincent, Délégué général et cofondateur de La 27e Région et administrateur des Halles Civiques

– Patrick Viveret, Co-fondateur des dialogues en humanité – Bulent Acar, Co-fondateur de I-buycott

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23 janvier 2019 3 23 /01 /janvier /2019 14:52

Limiter le réchauffement global à 1,5 °C implique d’atteindre le pic mondial d’émissions de CO2 en 2020. L’orientation n’est pas tenue, alerte un rapport du World Resources Institute. D’après Marie-Noëlle Bertrand et Audrey Garric le 22 janvier 2019 pour Le Monde et l’Humanité. Lire aussi Des ONG attaquent la France en justice pour inaction climatique, Des Etats inCOPables de sauver l’humanité ? et Un maire attaque l’Etat pour inaction climatique pour la première fois en France.

La centrale thermique de Cordemais (Loire-Atlantique)

La centrale thermique de Cordemais (Loire-Atlantique)

Se demander si l’on suit le bon cap en matière de lutte contre le réchauffement relève de la rhétorique. Savoir dans quelle mesure on dévie de l’objectif, et dans quelle direction braquer le gouvernail pour rejoindre la bonne voie, reste, en revanche, une question à se poser, et vite.

Un rapport du World Resources Institute (WRI), un think tank américain travaillant sur les sujets environnementaux, tente d’y répondre. Mis en ligne lundi soir, il dresse une photographie des progrès réalisés mondialement en matière de réduction des gaz à effet de serre (GES) et les met en regard avec des ambitions que se sont fixées les États dans le cadre de l’accord de Paris sur le climat. Adopté en 2015, celui-ci engage la communauté internationale à limiter la hausse globale des températures bien en deçà de 2 °C, et si possible à 1,5 °C par rapport aux niveaux enregistrés avant l’ère industrielle – le rapport du Giec, Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, publié en octobre est venu préciser que viser la cible la plus ambitieuse était primordial. Or, rappelle le WRI, « la meilleure chance de limiter la hausse des températures à 1,5 °C est d’atteindre le pic mondial d’émissions de gaz à effet de serre en 2020 et de les réduire drastiquement après cela ».

L’objectif d’un pic des émissions en 2020 s’éloigne

En 2017, un consortium d’universités et de think tanks (Yale, Potsdam Institute for Climate Impact Research, Carbon Tracker Initiative, etc.), réunis dans le cadre d’une campagne nommée « Mission 2020 », avaient défini six étapes à atteindre dans les domaines clés de l’énergie, des transports, de l’utilisation des sols, de l’industrie, des infrastructures et des finances – chacune divisée en objectifs précis. L’idée était d’infléchir les courbes et de mettre le monde sur une trajectoire de réchauffement « bien en deçà de 2 °C », « si possible 1,5 °C », comme le prévoit l’accord de Paris adopté en 2015.

Dans ce scénario, dès 2020, les énergies renouvelables devront détrôner les combustibles fossiles pour la production d’électricité dans le monde entier, la déforestation à grande échelle sera stoppée au profit de la restauration des terres et la majorité des nouveaux projets de mobilités s’avéreront propres.

Mais alors qu’il reste moins de deux ans pour y parvenir, presque tous les voyants sont encore au rouge. Dans un rapport d’étape publié mardi 22 janvier, le World Resources Institute, un think tank américain spécialisé dans les questions environnementales, montre que les progrès sont insuffisants dans la majorité des secteurs, de sorte que l’humanité n’est pas sur les rails pour viser un pic des émissions en 2020.

Le boom des énergies renouvelables

Part d’énergies renouvelables dans la production d’électricité mondiale. Elle était de 25 % en 2017 et pourrait atteindre 30 % en 2020. WRI

Part d’énergies renouvelables dans la production d’électricité mondiale. Elle était de 25 % en 2017 et pourrait atteindre 30 % en 2020. WRI

Cette synthèse, qui compile des études d’agences internationales, contient une seule lueur d’espoir : l’envolée spectaculaire des énergies renouvelables, portées par une baisse rapide de leurs coûts. Elles ont fourni 25 % de la production d’électricité mondiale en 2017, comptant pour plus de deux tiers des nouvelles capacités électriques

Selon les estimations, elles s’avéreront compétitives avec la plupart des combustibles fossiles d’ici à 2020. De sorte que pour le WRI, l’objectif d’atteindre au moins 30 % de renouvelables dans le mix électrique mondial est « à portée de main si les tendances actuelles s’accélèrent ». Dix-sept pays produisent déjà plus de 90 % de leur électricité à partir du solaire, de l’éolien ou encore de l’hydraulique.

Le tableau s’assombrit en revanche pour les deux autres objectifs énergétiques : ne plus construire de centrale à charbon et programmer la fermeture de celles existantes. Malgré un ralentissement de l’usage de ce combustible, le plus émetteur de CO2, la puissance installée nette des centrales thermiques au charbon continue de croître à l’échelle mondiale – avec 65 gigawatts (GW) de nouvelles capacités en 2017, en particulier dans les pays en développement, pour 28 GW d’installations fermées.

Transports : trop peu de voitures électriques

Nombre de voitures électriques en circulation dans le monde (en millions). WRI

Nombre de voitures électriques en circulation dans le monde (en millions). WRI

Deuxième levier essentiel dans la lutte contre le changement climatique : les transports, responsables de 18 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Les ventes mondiales de voitures électriques ont considérablement augmenté (+ 54 % en une année) pour atteindre 1,1 million en 2017. Mais en raison de leur prix souvent prohibitif, elles ne représentaient alors que 1,4 % des ventes totales de nouveaux véhicules et ne devraient pas dépasser 3 % en 2020, très loin de l’objectif de 15 % à 20 % établi par la « Mission 2020 ».

Les progrès sont aussi insuffisants dans le domaine des transports en commun qui totalisaient 19 % des déplacements dans le monde en 2015, moins que les 32 % fixés par les experts. En outre, un carton jaune est adressé au secteur de l’aviation, dont l’intensité énergétique a diminué de 4,5 % entre 2013 et 2015 ; « il faut accélérer le rythme pour atteindre une réduction des émissions de 20 % d’ici à 2020 », écrivent les auteurs. De manière plus surprenante, le rapport donne un bon point au transport maritime pour s’être engagé à réduire ses émissions de carbone de 50 % d’ici à 2050 par rapport à 2007, même si aucune avancée tangible n’est pour l’instant enregistrée.

Sols : hausse de la déforestation

Déforestation (en millions d’hectares). En noir, la perte de couvert forestier, et en bleu la perte nette de forêts (différence entre la déforestation et le reboisement). WRI

Déforestation (en millions d’hectares). En noir, la perte de couvert forestier, et en bleu la perte nette de forêts (différence entre la déforestation et le reboisement). WRI

La situation n’est guère plus optimiste en ce qui concerne l’usage des sols. La déforestation a augmenté au cours des dernières années, en grande partie à cause de la consommation de bois, de bœuf, de soja ou encore d’huile de palme. La perte nette de couvert forestier (différence entre la déforestation et le reboisement) est en baisse, se félicitent les auteurs. Mais de prévenir : « Regarder juste les chiffres peut nous tromper car la perte de forêt à un endroit ne peut pas être comptée de manière équivalente que le reboisement à un autre. » Près de 23 millions d’hectares de terres dégradées ont été restaurés, loin des 150 millions promis d’ici à 2020. Et les émissions agricoles ont poursuivi leur croissance, de 4,6 gigatonnes de gaz à effet de serre en 2000 à 5,3 Gt en 2016.

Les industries lourdes comme la chimie, l’acier et le ciment sont, elles, collectivement responsables d’environ un quart des émissions mondiales de CO2. Si certaines entreprises se sont engagées à réduire leurs rejets, le rapport note que les données publiques font défaut pour en mesurer les effets. Du côté des infrastructures, les bâtiments à énergie positive, malgré une forte croissance, représentent toujours moins de 5 % des constructions et bien moins de 1 % du parc immobilier mondial.

Finance : des investissements en hausse

Evolution des financements climat (en milliards de dollars). WRI

Evolution des financements climat (en milliards de dollars). WRI

Reste la question cruciale des financements, clé du succès de l’ensemble des objectifs pour 2020. Selon le rapport, les investissements mondiaux destinés à la lutte contre le changement climatique se sont élevés à entre 455 milliards de dollars et 681 milliards de dollars (jusqu’à 600 milliards d’euros) en 2016. « L’objectif de 1 000 milliards de dollars par an d’ici à 2020 pourrait être atteint même si le manque de données ne permet pas de trancher », expliquent les auteurs. En revanche, les subventions aux énergies fossiles restent encore trop élevées (373 milliards de dollars en 2015).

« Malgré quelques progrès, ces tendances montrent que nous n’atteindrons pas le pic des émissions en 2020 », regrette Kelly Levin, l’une des auteures du rapport, chargée du programme climat au WRI, alors que les rejets de CO2 sont repartis à la hausse en 2018. « Les pays doivent se présenter au secrétaire général des Nations unies avec des annonces en vue d’accroître rapidement leurs engagements », ajoute-t-elle, en référence au sommet spécial que convoque Antonio Guterres en septembre à New York.

« Cette étude prouve qu’il est impossible de limiter le réchauffement à 1,5 °C, car aucune politique n’est en place pour y parvenir dans les secteurs déterminants », constate Philippe Ciais, chercheur au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement. Il en va pourtant de notre environnement, de notre santé, de notre économie, bref de notre vie.

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18 janvier 2019 5 18 /01 /janvier /2019 11:33

Pour que 10 milliards de personnes, dont 3 milliards de personnes supplémentaires, mangent à leur faim en 2050, en préservant leur environnement, une commission internationale d’experts préconise d’accroître certaines productions et d’en diminuer d’autres, comme l’élevage. Un changement profond de modes de production et de consommation. D’après Aude Massiot, Nelly Didelot et Pierre Le Hir le 17 janvier 2019 pour Libération et Le Monde. Lire aussi L’agriculture bio est plus efficace que les pesticides contre les agents pathogènes, démontrent des chercheurs français, Nourrir la planète avec une agriculture 100% biologique en 2050, c’est possible et aussi L’alimentation bio est bénéfique pour la santé !

Banquet pour l’ouverture d’un festival agricole, dans la province du Henan, en Chine, le 15 septembre. Photo Wang Zhongju. China News Service. VCG via Getty Images

Banquet pour l’ouverture d’un festival agricole, dans la province du Henan, en Chine, le 15 septembre. Photo Wang Zhongju. China News Service. VCG via Getty Images

Comment nourrir 10 milliards de personnes en 2050, alors que 800 millions d’humains souffrent déjà de la faim et que le changement climatique réduit les rendements agricoles dans certaines régions ? C’est l’épineuse question à laquelle se sont attaqués 37 chercheurs de 16 pays pendant trois ans. Et, bonne nouvelle, il est possible de nourrir 3 milliards d’humains supplémentaires, tout en respectant les limites de notre écosystème. Mieux, cela nous obligerait à adopter un régime alimentaire plus sain.

Pourtant on ne trouve pas de trace dans cette étude, publiée ce jeudi par la revue The Lancet et la fondation Eat, de solutions révolutionnaires reposant sur l’ingurgitation d’insectes ou la cuisine moléculaire. L’assiette qui permettrait de nourrir correctement l’humanité contient simplement le double de fruits, légumes, céréales complètes et légumineuses que celle devant laquelle nous nous asseyons habituellement. Si elle conserve une place pour la volaille ou les produits laitiers, la viande rouge ou transformée, comme les féculents de type pomme de terre, les sucres raffinés sont, eux, réduits à la portion congrue. Un régime « gagnant-gagnant », bon pour la planète comme pour la santé.

« Intensification durable »

L’objectif est réalisable, mais il va falloir agir vite et radicalement. « Même de faibles augmentations de la consommation de viande rouge ou de produits laitiers rendraient ce but [de nourrir la planète, ndlr] difficile voire impossible à atteindre », pointe le rapport. Le secteur agricole représente déjà 30 % des émissions de gaz à effet de serre et occupe 40 % des terres. Des chiffres promis à augmenter avec l’amélioration du niveau de vie dans le monde.

Telle une double peine, les dégradations environnementales causées par la production de ces aliments malsains ont des impacts sur la santé : réduction des nutriments dans certaines cultures à cause des fortes concentrations en CO2 dans l’atmosphère, décès prématurés dus à la pollution de l’air émise par la combustion des déchets agricoles, famines provoquées par la multiplication des catastrophes naturelles liées au changement climatique…

Pour rester viable, l’agriculture doit cesser d’utiliser des terres supplémentaires, d’émettre des gaz à effet de serre et réduire sa consommation d’eau d’au moins 30 % grâce à de meilleures techniques agricoles, et de 13 % en limitant le gaspillage (lire ci-contre). Pour nourrir 10 milliards de bouches, il faudra logiquement produire beaucoup plus qu’aujourd’hui. Comment faire sans accaparer d’autres terres ? Contre toute attente, le rapport prône une « intensification durable » grâce à « une réduction d’au moins 75 % des écarts de rendement, une amélioration radicale de l’efficacité de l’utilisation des engrais et de l’eau, la redistribution globale d’azote et de phosphore » utilisés comme fertilisants. Mieux adapter les cultures aux sols et aux climats locaux permettrait également d’accroître la production sans épuiser les terres. La diminution de l’élevage devrait de son côté libérer des terres cultivées jusque-là uniquement pour fournir des aliments au bétail.

Le « régime de santé planétaire » conseillé se compose majoritairement de fruits, légumes, graines complètes et légumineuses, avec une portion congrue de viande et de poisson. EAT-LANCET COMMISSION

Le « régime de santé planétaire » conseillé se compose majoritairement de fruits, légumes, graines complètes et légumineuses, avec une portion congrue de viande et de poisson. EAT-LANCET COMMISSION

Créativité culinaire

Une révolution tant agricole que culinaire, qui va bouleverser notre rapport à la nourriture. « Cela va nous obliger à redécouvrir certaines variétés de céréales et de légumes, qui permettront de sortir d’une cuisine un peu stéréotypée et de nourrir des millions de personnes », estime Pierre Thiam, chef sénégalais installé aux Etats-Unis. Il milite pour que la cuisine joue un rôle dans la lutte contre le dérèglement du climat. « Contrairement à ce que certains croient, une cuisine à base de légumes et de céréales est une nourriture aussi réconfortante que la viande », ajoute le cuisinier.

Comme lui, les auteurs de l’étude estiment que ces contraintes peuvent être source de créativité culinaire. « Ce modèle [nutritionnel] est universel, avec un grand potentiel d’adaptation » aux spécificités culturelles et géographiques. Pour que cette assiette saine et durable devienne planétaire d’ici 2050, elle doit commencer à être largement adoptée dès aujourd’hui.

Réduire drastiquement le gaspillage

A l’échelle mondiale, 1,3 milliard de tonnes d’aliments sont gaspillés tous les ans. Soit environ un tiers de la production alimentaire mondiale qui échappe à la consommation. Pour nourrir l’ensemble de l’humanité en 2050, il faudra réduire ces pertes d’au moins 50%.

Le rapport suggère plusieurs pistes dans ce sens, différenciées en fonction des régions. Dans les pays à revenus moyens ou faibles, les pertes se produisent surtout lors des phases de production et de distribution. Des problèmes de stockage et d’accès aux marchés incitent parfois les cultivateurs à laisser leur récolte sur pied, au risque qu’elle pourrisse ou soit attaquée par les insectes. Pendant les phases de transport, c’est l’absence de réfrigération qui est souvent problématique. Investir dans des infrastructures de stockage collectives pour sécher ou emballer les aliments, voire dans des chaînes de froid, réduirait les pertes. Dans les pays développés, une bonne part du gaspillage est imputable aux consommateurs eux-mêmes. En France, par exemple, chacun jette tous les ans entre 20 et 30 kilogrammes de nourriture.

Les auteurs du rapport publié par The Lancet et la fondation Eat suggèrent de multiplier les campagnes de sensibilisation pour apprendre à accommoder les restes ou pour mieux comprendre les mentions « à consommer de préférence », combinées à des politiques nationales antigaspillage impliquant notamment la grande distribution. « Consommer chaque jour plus de 2 500 kilocalories peut être considéré comme une forme de gaspillage, analyse Fabrice DeClerck, coauteur de l’étude. Un gaspillage qui, en plus d’être mauvais pour la santé, oblige tous les ans à convertir des terres boisées ou des réservoirs de biodiversité en terres agricoles pour de mauvaises raisons. »

Recourir aux leviers politiques

Une « grande transformation alimentaire ». C’est l’appel, « nécessaire et urgent », des auteurs de cette étude internationale. « L’humanité n’a jamais mené de changement de son système alimentaire mondial à l’échelle envisagée par ce rapport, détaille le texte signé par trente-sept chercheurs. Cet objectif est un territoire politique inexploré et les problèmes mis en avant par cette étude ne seront pas facilement réglés. […] Une large variété de leviers politiques, du plus aux moins coercitifs, sera indispensable. » Les citoyens ont un rôle à jouer car la demande peut infléchir l’offre. Les modes de production agricole, dans leur majorité dévastateurs pour la planète, peuvent être réorientés par de nouvelles habitudes alimentaires. Les politiques aussi peuvent accompagner et accélérer cette transition. « Il faut réorienter les priorités agricoles, pour produire de la nourriture saine plutôt que de grandes quantités, réclament les chercheurs. Il ne faut plus se concentrer sur l’augmentation du volume de production de quelques cultures, dont la plupart sont utilisées pour l’alimentation animale. »

A Copenhague, la municipalité a lancé un programme pour que 90 % de la nourriture des cantines deviennent bio. Les financements ont été trouvés grâce à la réduction des achats en viande. Plus ambitieux, la Grande-Bretagne est actuellement agitée par un débat sur une possible taxation de la viande. Une mesure déjà discutée dans les Parlements allemand, danois et suédois. La Chine a, elle, réduit ses quantités de viande recommandées de 45 % en 2016. Selon Fabrice DeClerck, coauteur de l’étude, « pour encourager les entreprises à mener cette transition, les politiques pourraient aussi subventionner les productions saines et durables en fonction de ce critère » 

Selon les chercheurs, même dans un contexte de croissance démographique, il est possible de manger de façon à la fois plus saine et plus durable. MARIANA BAZO / REUTERS

Selon les chercheurs, même dans un contexte de croissance démographique, il est possible de manger de façon à la fois plus saine et plus durable. MARIANA BAZO / REUTERS

Manger sain pour éviter morts et maladies

Passer de nos régimes alimentaires actuels à celui mis en avant dans l’étude permettrait d’éviter environ 11 millions de morts par an à partir de 2030, tant les améliorations en matière de santé seraient importantes. Aujourd’hui, 820 millions de personnes souffrent de sous-nutrition, alors que 2,4 milliards d’autres consomment tous les jours trop de calories. Un déséquilibre qui pèse sur la santé mondiale : les risques de mortalité et de morbidité liés à une mauvaise alimentation sont plus élevés que ceux liés à la consommation d’alcool, de drogue et de tabac, et aux relations sexuelles non protégées cumulés. Attaques cardiaques, diabètes ou cancers sont les affections les plus fréquentes liées à l’alimentation. « Ces risques sont surtout liés à la surconsommation d’aliments non sains, comme la viande rouge ou les produits sucrés », explique Fabrice DeClerck, coauteur de l’étude. Les recommandations du rapport, qui visent une consommation journalière de 2 500 kcal, sont universelles : « Dans les pays développés, cela implique une réduction des calories consommées. Dans ceux en développement, les enjeux sont un peu différents, avec plus de gens qui n’ont pas accès à suffisamment de nourriture, explique le chercheur. Mais on retrouve globalement une surconsommation de produits malsains et une sous-consommation de produits sains. » Des produits sains qui sont parfois difficiles d’accès : plus chers que bien des aliments à faible valeur nutritive, plus longs à préparer et tout simplement mal connus. « On manque d’éducation nutritionnelle, on ne sait pas forcément quels sont les aliments sains ni comment les cuisiner. Proposer plus de plats préparés sains pourrait être un bon départ », suggère Fabrice DeClerck.

Plus de diversité dans les assiettes

La clé est la diversité, assure Fabrice DeClerck, directeur scientifique de l’institut Eat et coauteur de l’étude : « Les Européens, par exemple, souffrent de carences en vitamines A et C, en fer et en iode. Ces manques peuvent être comblés par une alimentation mêlant principalement fruits, légumes et diverses noix. » A partir de cinq par jour, fruits et légumes préviennent les maladies cardiovasculaires. Les noix, elles, constituent une alternative à la viande rouge car elles fournissent de l’énergie tout en limitant les risques d’obésité. Dès 2015, le Comité consultatif de recommandations diététiques américain concluait que manger végétarien est bénéfique pour la santé, pour les personnes de plus de 2 ans. D’après un autre article scientifique publié en 2013, les régimes végétalien, végétarien, pescetarien (poisson) ou flexitarien (semi-végétarien) réduisent de 12 % les risques de mortalité par rapport aux régimes riches en viande, le plus sain étant le pescetarien. L’idée n’est pas de remplacer la viande par des produits laitiers. Contrairement aux croyances répandues en France, ces derniers doivent être consommés avec modération, si on veut éviter une fragilisation des os.

A quoi peuvent alors ressembler nos assiettes ? A des plats « délicieux et colorés », affirme Fabrice DeClerck. Le régime « crétois » en est un bon exemple. Faible en viande rouge, principalement constitué de plantes, avec des graisses saines apportées par l’huile d’olive, il a permis aux anciens Grecs de se targuer de la plus haute espérance de vie. D’autres régimes traditionnels peuvent servir d’exemple pour les Occidentaux, comme en Indonésie, au Mexique, en Inde, en Chine et en Afrique de l’Ouest, où la viande est consommée seulement pour les grandes occasions.

Le « régime de santé planétaire » ? Des protéines végétales et un steak par semaine !
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17 janvier 2019 4 17 /01 /janvier /2019 12:37

Besoin de nature, désastre écologique, retour à une ­fascination antique ? Le succès d’ouvrages récents sur la vie ­secrète des arbres ­semble répondre au souhait de la société de mieux comprendre ces êtres immobiles qui communiquent et coopèrent entre eux. D’après Catherine Vincent le 20 décembre 2018 pour Le Monde. Lire « L’Arbre-monde » de Richard Power et Sylvothérapie : « les bains de forêt » améliorent votre santé, et aussi Les forêts françaises ne sont pas à vendre ! et « Le Temps des forêts » : l’exploitation de la forêt est entrée dans la démesure.

Baum 1532/7, image extraite de la série Baum, 2017. ANNE SCHWALBE

Baum 1532/7, image extraite de la série Baum, 2017. ANNE SCHWALBE

Le sapin de Noël est une tradition qui remonte au moins au début du XVIsiècle dans les pays germaniques. Une vieille histoire, donc. Mais depuis quelques années, en déposant leurs cadeaux sous ses branches, certains ne regardent plus leur sapin comme naguère. Quelque chose a changé dans la considération que nous portons au règne végétal. L’arbre en particulier, cet être vertical dont la présence obstinée triomphe sur le temps et suscite un intérêt mêlé de fascination.

En témoigne le succès phénoménal, en Allemagne comme en France, de La Vie secrète des arbres (Les Arènes, 2017), dans lequel l’ingénieur forestier allemand Peter Wohlleben nous fait découvrir les mille et une manières dont hêtres et chênes communiquent entre eux et coopèrent. Depuis, ouvrages et émissions consacrés aux plantes se multiplient. Après les animaux, il semble que ce soit au tour du règne végétal de sortir du « lumpenprolétariat du vivant » – le terme est du philosophe Dominique Bourg. Comment expliquer ce soudain engouement ? Un besoin de nature exacerbé par nos modes de vie trop urbains ? Le désastre écologique en cours, qui vient nous rappeler l’importance des plantes pour la bonne marche de notre planète ? Des racines plus profondes, plongeant dans les temps préhistoriques où l’homme et la forêt ne ­faisaient qu’un ?

Troncs morts dans la forêt primaire de Białowieża. Photo Creative Commons by Ralf Lotys.

Troncs morts dans la forêt primaire de Białowieża. Photo Creative Commons by Ralf Lotys.

Quand la France était un immense manteau vert

Il y a vingt mille ans, au maximum du dernier âge glaciaire, le territoire correspondant à la France était à peu près vide – d’arbres, d’animaux et d’hommes. Quelque dix mille ans plus tard, le niveau des mers a monté de plus de 100 mètres et un immense ­manteau vert a recouvert l’Hexagone... Aucun témoignage direct ne nous est parvenu de cette grande forêt française, mais il est certain que les premières populations humaines la fréquentaient assidûment. « Avant le radoucissement du climat, il y avait tout au plus quelques milliers d’humains dans toute ­l’Europe. C’est seulement ensuite que les populations ont commencé à croître, en même temps que la forêt : toutes les civilisations européennes y sont donc nées », affirme Stéphane Durand, qui vient de publier un passionnant ouvrage à remonter le temps, 20 000 ans ou la grande histoire de la nature (Actes Sud, 250 p., 22 euros).

Tout change il y a environ huit mille ans, lorsque ­apparaissent sur le pourtour de la Méditerranée les premiers éleveurs et cultivateurs. A peine débarqués sur les côtes provençales, ils s’empressent de couper et brûler les antiques chênes pour ouvrir des clairières. La déforestation progresse à l’intérieur des terres, remonte les fleuves, escalade les montagnes : quand les Romains envahissent la Gaule, lors du premier siècle avant notre ère, ils trouvent un pays en grande partie déboisé.

Entre 1800 et 1830, sous le Premier Empire et la Restauration, la forêt française atteint son niveau le plus bas : 9 millions d’hectares, soit environ un sixième du territoire métropolitain actuel. Après quoi de vigoureuses politiques de ­reforestation seront mises en œuvre afin de freiner le déboisement des montagnes, donné comme ­responsable d’inondations catastrophiques dans les années 1840.

Depuis, la forêt française a doublé de surface – « de par la main de l’homme, mais aussi de manière spontanée, du fait de la déprise agricole », précise Stéphane Durand. Cette extension a permis la réapparition de nombreuses espèces animales depuis longtemps disparues de notre territoire. Dans le concert des catastrophes écologiques actuelles et à venir, voilà au moins une bonne nouvelle.

La forêt primaire de Nyungwe. © Yakov Oskanov / 123RF

La forêt primaire de Nyungwe. © Yakov Oskanov / 123RF

De l’arbre à l’homme

« L’arbre n’est pas une plante comme les autres, rappelle Laurent Tillon, chargé de mission en biodiversité à l’Office national des ­forêts (ONF) et auteur de l’ouvrage Et si on écoutait la nature ? (Payot, 400 p., 22 euros). Il nous dépasse et nous transcende en termes de taille et de durée : dans la forêt, on côtoie facilement des arbres de deux cent cinquante ans nés avant la Révolution française. Cet être vivant qui reste silencieux n’en est pas moins très puissant, et garde une part de mystère. » En ce sens, estime-t-il, La Vie secrète des arbres a répondu à une attente de la société : elle souhaite mieux comprendre ces êtres si différents de nous. Avec un anthropomorphisme assumé qui lui a valu de sévères critiques, mais qui a largement contribué à en faire un best-seller.

« Quand Peter Wohlleben parle de l’allaitement des adultes vers les jeunes semis de hêtres, il suggère une similitude entre l’homme et l’arbre qui nous rassure, nous fait nous sentir plus proches de lui », poursuit Laurent Tillon. « Interroger les plantes, c’est comprendre ce que signifie “être-au-monde” », renchérit le philosophe Emanuele Coccia, dont La Vie des plantes (Rivages, 2016) se taille également un joli succès.

Bien que son approche prenne une autre direction, il ne considère pas, lui non plus, que la posture volontairement anthropomorphique de Wohlleben soit un problème. Et rappelle qu’elle ne date pas d’hier. Aristote, par exemple, considérait dans son Traité de l’âme que « ce qu’est la tête dans les animaux, les racines le sont dans les plantes ».

Ce à quoi le philosophe andalou Averroès ajoutait, quinze siècles plus tard : « L’action des deux est identique. » Emanuele Coccia rappelle que cette analogie entre tête et racine, qui fonde celle entre homme et plante, a connu « un succès extraordinaire dans la tradition philosophique et théologique médiévale, jusqu’à la modernité ». Le philosophe Francis Bacon (1561-1626) l’utilisera encore.

Baum 1533/4, image extraite de la série Baum, 2017. ANNE SCHWALBE

Baum 1533/4, image extraite de la série Baum, 2017. ANNE SCHWALBE

Quoi d’étonnant à cela ? Notre relation à ­l’arbre remonte à la nuit des temps. Jacques Brosse, spécialiste de botanique et des religions mort en 2008, retrace dans sa Mythologie des arbres (Payot, « Petite bibliothèque », réédition 2015) l’omniprésence dans les rites anciens de ces végétaux, considérés comme les manifestations de la présence des dieux sur terre. « Lorsque l’on étudie les religions de jadis, note-t-il, on rencontre, à peu près chez toutes, des cultes rendus à des arbres considérés comme sacrés, et singulièrement au plus vénéré d’entre eux, l’Arbre cosmique. Celui-ci constituait le pilier central, l’axe autour duquel ­s’ordonnait l’Univers, naturel et surnaturel, physique comme métaphysique. »

L’Arbre de vie

Chêne, figuier ou olivier : l’arbre tient une place de choix dans l’antiquité gréco-romaine. Dans la Bible et les textes de l’exégèse chrétienne, il devient même essentiel : au milieu du paradis céleste se dresse l’Arbre de vie et, non loin, celui de la connaissance du bien et du mal dont Eve et Adam mangeront le fruit malgré l’interdiction divine. Depuis toujours, le pouvoir émotionnel de cet être immobile s’est exercé sur nous. Sa taille et son silence nous ont sidérés, ses bois morts nous ont effrayés, sa longévité nous a fascinés. L’historien Michelet (1798-1874), parlant aux arbres : « Vous voyez passer l’homme et vous durez mille ans. » Le poète Lamartine (1790-1869), à propos des ­cèdres du Liban : ils « savent l’histoire de la terre mieux que l’histoire elle-même ».

Dans La Douceur de l’ombre (Flammarion, « Champs Histoire », 2014), l’historien du sensible Alain Corbin évoque longuement l’âme prêtée aux arbres par les savants, les philosophes, les poètes et les artistes. Les présocratiques nommaient « homicides » les coups qui leur étaient portés. Aristote comme Platon leur accordaient une âme « végétative ». A l’aube des temps modernes, tandis que ­Descartes (1596-1650) impose l’idée de l’animal-machine, s’amorce paradoxalement en France une réévaluation de la sensibilité ­végétale sous l’influence du botaniste du roi Guy de La Brosse (1586-1641), qui s’enhardit jusqu’à prêter aux arbres des affects. « A ses yeux, le poirier se plaît dans la compagnie des hommes, précise Alain Corbin. L’arbre se ­délecte de la mangeaille et s’attriste de la ­disette. Celui qui est agressé par la hache se resserre sur l’outrage. »

Viendra ensuite, dès le début du XVIIIsiècle en Angleterre et en Allemagne, puis en France, le grand courant du romantisme, réaction ­directe au rationalisme des Modernes. Goethe s’émerveille de La Métamorphose des plantes, Rousseau élabore ses Rêveries d’un promeneur solitaire, Chateaubriand affirme que « l’amour et les passions agitent unanimement les hommes, les animaux et les plantes ». Outre-Atlantique, le philosophe et poète américain Henry David Thoreau se passionne pour l’érable rouge et évoque la douceur des émotions éprouvées par les feuilles mourant de leur chute automnale.

« Les arbres parlent ! »

Mais si l’imaginaire qui entoure l’arbre et la ­forêt n’a pas attendu le XXIsiècle pour se déployer, la redécouverte actuelle se situe dans un paysage nouveau. D’abord, parce que nos connaissances du règne végétal ont ­explosé ces dernières décennies. Ensuite, parce que la crise écologique s’est installée dans les ­consciences, et avec elle un regard inédit sur la nature avec laquelle nous cohabitons.

En 1990, au Congrès mondial de l’arbre qui se tient à Montpellier, une publication scientifique fait les grands titres de la presse. « Les ­arbres parlent ! », affirment-ils. L’étude explique le mal mystérieux qui, depuis dix ans, frappe les antilopes dans une réserve du Transvaal, en Afrique du Sud. Ces bêtes se nourrissent principalement des feuilles des acacias qui les entourent. Lorsque, devenues très nombreuses, elles se mettent à mourir de manière inexpliquée, on mesure dans les feuilles que contenait leur estomac un taux anormalement élevé de tanins – un poison que cet arbuste ­fabrique pour se défendre contre un prédateur. On découvre alors que les feuilles d’un arbre agressé peuvent prévenir ses voisins par un message chimique, afin qu’ils élèvent préventivement leurs teneurs en tanin.

 « Des histoires comme celle-ci, les arbres en ont des centaines à nous raconter ! », affirme Laurent Tillon. En se penchant sur leurs signaux électriques et hormonaux, la neurobiologie végétale a révélé la complexité du comportement des plantes, qui captent, analysent, stockent et partagent quantité d’informations afin de croître et s’adapter au mieux à leur environnement : elles font des choix en permanence.

Où et quand puiser ses nutriments ? Quel ­organe développer ou réduire ? A quel taux se reproduire ? Faut-il faire appel aux autres, ­répondre à leurs messages de détresse ? Autant de questions auxquelles les végétaux ne cessent de répondre. Au point de mériter, selon certains chercheurs, le terme d’intelligence. Et d’avoir gagné le droit à l’estime.

« Depuis les Lumières, le champ de la considération n’a cessé de s’élargir, souligne le naturaliste Stéphane Durand. On a d’abord donné la parole et des droits aux femmes, aux enfants, aux ­minorités, puis on a étendu cet intérêt au-delà de la simple humanité, jusqu’aux animaux et maintenant aux plantes. » Auteur de 20 000 ans ou la grande histoire de la nature (Actes Sud, 250 p., 22 euros), il souligne une autre mutation : « Jusqu’à ces dernières décennies, pour étudier les espèces animales ou végétales, on travaillait essentiellement sur des dynamiques de populations. Désormais, les travaux se concentrent de plus en plus sur les individus… et cela change tout ! »

« Baum 1530/9 », image d’Anne Schwalbe, extraite de la série « Baum », 2017. ANNE SCHWALBE

« Baum 1530/9 », image d’Anne Schwalbe, extraite de la série « Baum », 2017. ANNE SCHWALBE

Lorsque Laurent Tillon part en mission dans la forêt, il regarde la forme des arbres, puis leurs défauts et cicatrices. « A travers tous ces détails, on comprend l’histoire de chaque arbre », affirme-t-il. Et à partir du moment où l’on commence à entendre l’histoire de vie personnelle d’un bouleau ou d’un palmier, ­notre regard sur lui se modifie inévitablement.

Recrudescence des visites en ­forêt

L’autre raison de cet intérêt soudain pour le végétal : la crise écologique en cours. Prendre conscience de ce qu’on inflige à notre environnement – et donc à nous-mêmes – suscite le besoin de se reconnecter à la nature. Réalisées par l’ONF et l’université de Caen, plusieurs enquêtes de fréquentation ont ainsi montré une recrudescence des visites en ­forêt au cours de la dernière décennie : près de 87 % des Français y sont allés en 2015, soit au total plus d’un milliard de visites.

Plus profondément encore, la catastrophe climatique à venir et l’implication de notre espèce dans ce désastre suscitent désormais l’émergence d’une vaste réflexion sur la réinsertion de l’humanité au sein de la nature. Cette remise en question du dualisme ­nature-culture va évidemment bien au-delà de l’arbre, incluant le règne du vivant dans son ensemble.

Mais le réchauffement de notre planète sous l’impact des gaz à effet de serre n’incite pas moins à la reconnaissance vis-à-vis de ce compagnon discret et quotidien, dont les feuilles absorbent jour après jour du gaz ­carbonique pour restituer de l’oxygène – concourant, comme toutes les plantes, à rendre notre atmosphère respirable. Plus de dix ans après sa parution, c’est avec un intérêt renouvelé qu’on relit ainsi le botaniste Francis Hallé, qui, dans son Plaidoyer pour l’arbre (Actes Sud, 2005), relate l’intense dialogue de certaines espèces tropicales avec l’homme, regrettant qu’elles lui aient tant apporté en ayant si peu reçu en retour.

Plaidoyer pour l’arbre, mais aussi plaidoyer pour l’homme

Plaidoyer pour l’arbre, mais aussi plaidoyer pour l’homme. Dans un article récemment mis en ligne sur le site Terrestres, intitulé : « Suivre la forêt. Une entente terrestre de ­l’action politique », les philosophes Lena ­Balaud et Antoine Chopot observent que des habitants de San Francisco greffent des tiges d’arbres fruitiers de manière illégale sur les ­arbres ornementaux des quartiers pauvres, « pour que l’espace urbain redevienne un commun comestible et non marchand pour tous ». Qu’en France, amoureux et techniciens de la forêt « se rassemblent pour racheter collectivement de nombreux hectares forestiers pour les sortir des griffes du marché ».

Dans la pensée écologique contemporaine comme dans les combats citoyens qui s’ébauchent pour lutter contre le réchauffement climatique, le non-humain commence ainsi à jouer son rôle. Dans ce contexte, par les capacités d’entraide et de coopération qu’il révèle, l’arbre pourrait également nous servir d’exemple. Pour le philosophe Emanuele ­Coccia, là réside même le principal message de La Vie secrète des arbres. « Ce que dit Peter ­Wohlleben, précise-t-il, c’est que pour comprendre ce qu’est la cohabitation, ce ne sont pas les animaux qu’il faut regarder : c’est la forêt, qui constitue en quelque sorte le paradigme de la cohabitation parfaite. En ce sens, l’arbre devient un sujet politique. »

Parc national de Białowieża, Pologne

Parc national de Białowieża, Pologne

Les bénéfices de contacts plus réguliers avec les milieux naturels sont à la fois psychiques, physiques, mais aussi sociaux

Alors que nos vies urbaines nous ­coupent de plus en plus des milieux naturels, un nombre croissant de chercheurs soulignent les bienfaits, pour notre santé, d’une plus grande fréquentation des espaces verts. Alix Cosquer, chercheuse en psychologie environnementale au Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive du CNRS (Montpellier), spécialiste des interactions entre individus et environnements naturels, développe leurs arguments : « Ces chercheurs sont partis d’un constat : nos pratiques se sédentarisent, la nature s’éloigne de nos espaces de vie et on ­observe, en même temps, l’augmentation d’un certain nombre de troubles – stress, allergies, obésité. A côté des raisons sociales et économiques, l’une des hypothèses expliquant cette évolution pourrait être la raréfaction de nos rapports avec le milieu naturel – l’écologue américain Robert Pyle parle même d’une « extinction de l’expérience » de nature.

Des travaux ont donc été menés pour tester les bénéfices de contacts plus réguliers. Ils ont confirmé que la fréquentation de la nature améliore l’estime de soi ainsi que les capacités d’attention et ­d’apprentissage, qu’elle réduit le stress et la fatigue. Elle prévient même certaines ­pathologies virales par l’intermédiaire des phytoncides – des huiles essentielles émises par les arbres qui favorisent l’activité de certaines cellules immunitaires. »

Dans le numéro de novembre-décembre 20128 de la revue « Pour la science » - « La révolution végétale », Alix Cosquer affirme que les bienfaits des « bains de nature » ne sont pas seulement psychiques et physiques, mais aussi sociaux : « Des recherches menées sur des groupes d’enfants ont montré que les environnements naturels favorisent le calme, la maîtrise de soi, et réduisent les sentiments de frustration ou de colère. Ils ­favorisent donc les comportements ­prosociaux et la coopération plutôt que la compétition. Plusieurs études, menées notamment à l’Institut de la santé et du bien-être de l’université de Glasgow (Ecosse), ont par ailleurs montré que l’accès à des espaces verts atténue les inégalités liées aux revenus en termes de santé.

C’est là une donnée ­sociale qui mériterait d’être prise en compte politiquement, car il existe une forte inégalité sociale en matière d’accès aux espaces de nature : les catégories aisées fréquentent plus souvent les parcs et jardins que les populations défavorisées, et elles pratiquent plus largement des sports de plein air. »

Dans « Les Rêveries du promeneur ­solitaire », Rousseau évoquait le sentiment de nature comme un transport des sens et de l’âme pouvant aller jusqu’à l’extase. « Rousseau parlait d’une rêverie, d’un ­accord, d’une ivresse provoquée par ­l’immensité d’un système dont il se sentait partie prenante », explique Alix Cosquer. « Aujourd’hui, alors qu’on redécouvre aujourd’hui avec la sylvothérapie et ses expériences immersives en forêt, on parlerait plutôt de connexion à la nature. Mais le positionnement du promeneur en forêt reste le même : il est à la fois un observateur extérieur et un être participant à un monde plus vaste qui l’inclut. »

L’engouement actuel pour l’arbre et la forêt s’inscrit dans un contexte de forte prise de conscience écologique. « Redécouvrons l’hypothèse de « biophilie » émise dans les années 1980 par le biologiste américain Edward O. Wilson. Cette hypothèse postule que l’espèce ­humaine a une tendance innée, inscrite génétiquement, à rechercher le contact de la nature dans le but d’assurer la meilleure adaptation possible à son ­environnement. Il ne s’agit que d’une proposition théorique, mais elle fait sens au regard des bienfaits sur la santé que nous venons d’évoquer. Cette hypothèse ouvre également la voie à un rapport plus politique à l’environnement. Prendre conscience de son inscription dans le système écologique en tant qu’acteur du vivant plutôt que comme humain ­déconnecté, c’est un premier pas vers le changement de nos comportements. »

Pour accélérer cette prise de ­conscience écologique, il faut développer nos contacts avec la nature : « C’est la pierre angulaire de la construction d’interactions plus harmonieuses avec notre environnement. Je suis persuadée que nos relations à la nature, la manière dont elles se déploient dès l’enfance et tout au long de notre vie, sont susceptibles de contribuer au développement d’un autre imaginaire avec le monde qui nous entoure. Et que ces ­représentations, à terme, peuvent s’incarner dans des choix de société.

Mais il faudrait pour cela une politique nettement plus ambitieuse en matière d’éducation à la nature, assortie d’actions ­concrètes. En particulier le développement, dans les villes, d’espaces verts à proximité des lieux de vie, et la mise en œuvre de moyens efficaces pour que chacun d’entre nous soit régulièrement confronté à des expériences de nature. »

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16 janvier 2019 3 16 /01 /janvier /2019 12:08

Le tribunal administratif de Lyon s’est appuyé sur le « principe de précaution » pour annuler l’autorisation de mise sur le marché du Roundup Pro 360, contenant du glyphosate et commercialisé par Monsanto. Quelques heures avant, on apprenait que le rapport d’évaluation du glyphosate, socle de la décision européenne, prise fin 2017, de réautoriser le glyphosate pour cinq ans, est un vaste plagiat. D’après Stéphane Foucart le 15 janvier pour Le Monde. Lire aussi Glyphosate : l’expertise européenne truffée de copiés-collés de documents de Monsanto, Glyphosate, un herbicide dans nos assiettes,   Glyphosate et cancer : des études-clés ont été sous-estimées par l’expertise européenne et La toxicité du Roundup connue de Monsanto depuis au moins 18 ans.

Champ de soja en Argentine, en 2018. PABLO AHARONIAN / AFP

Champ de soja en Argentine, en 2018. PABLO AHARONIAN / AFP

Le coup est aussi dur pour l’industrie des pesticides que pour les agences réglementaires chargées d’évaluer leurs produits. Le tribunal administratif de Lyon a annulé, mardi 15 janvier, l’autorisation de mise sur le marché du Roundup Pro 360, délivrée en mars 2017 par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses). La justice avait été saisie en mai 2017 par le Comité de recherche et d’information indépendantes sur le génie génétique (Criigen).

C’est la première fois qu’une telle décision est prise par une juridiction française, s’agissant d’un produit commercial à base de glyphosate. Mais c’est la deuxième fois, en près d’un an, qu’un blanc-seing délivré par l’Anses à un produit phytosanitaire est remis en cause par la justice : en novembre 2017, c’était le tribunal administratif de Nice qui suspendait l’autorisation de deux insecticides à base de sulfoxaflor, une substance analogue aux néonicotinoïdes et suspectée de présenter un risque élevé pour les abeilles et les pollinisateurs. « La suspension a été confirmée par le Conseil d’Etat en février 2018 et nous attendons un jugement au fond qui ne saurait tarder », précise François Veillerette, président de l’association Générations futures, qui avait alors saisi la justice.

Une décision « très importante »

Toute la différence est qu’aucun autre produit à base de sulfoxaflor n’est disponible sur le marché français, au contraire de nombreuses formulations à base de glyphosate. « La décision d’annuler l’autorisation de mise sur le marché du Roundup Pro 360 est très importante, se félicite l’avocate Corinne Lepage, présidente du Criigen. C’est potentiellement une décision qui devrait s’appliquer à tous les produits de type Roundup et de manière générale à tous les produits à base de glyphosate. »

Le jugement rendu se fonde sur le principe de précaution et estime que l’Anses, en autorisant ce produit, a « commis une erreur d’appréciation » au regard de ce principe inscrit dans la Constitution. Les magistrats se sont, en particulier, fondés sur l’expertise du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), qui a classé le glyphosate « cancérogène probable » en mars 2015. Ils ont ainsi estimé que le Roundup Pro 360, contenant cette substance active, devait « être considéré comme une substance dont le potentiel cancérogène pour l’être humain est supposé ».

Pour l’Anses, le jugement du tribunal est cinglant : l’agence, disent les juges, n’a pas évalué le caractère cancérogène du Roundup Pro 360 avant de l’autoriser pas plus que sa toxicité pour la reproduction. Or, se fondant cette fois sur l’expertise collective de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), le tribunal estime que le Criigen est fondé à soutenir que l’herbicide visé est « suspecté d’être toxique pour la reproduction humaine ».

Bayer évalue « la suite juridique à donner »

« L’Anses a pris connaissance ce jour de la décision du tribunal administratif de Lyon relative à l’annulation de l’autorisation de mise sur le marché du Roundup Pro 360 et l’examinera avec attention, déclare l’agence dans un communiqué diffusé le 15 janvier dans l’après-midi. La décision étant à effet immédiat, (…) la vente, la distribution et l’utilisation du Roundup Pro 360 sont interdites à compter de ce jour. »

De son côté, Bayer, désormais propriétaire de Monsanto et donc de ses marques commerciales, se dit « surpris » du jugement. « Le vaste corpus scientifique, quarante ans d’expérience et les conclusions des autorités de réglementation (…) confirment que les produits à base de glyphosate sont sans danger lorsqu’ils sont utilisés conformément au mode d’emploi et que le glyphosate n’est pas cancérogène », précise la firme dans un communiqué, citant notamment les avis des agences américaine, européenne, australienne, etc. La firme dit étudier la décision pour « évaluer la suite juridique à donner à ce dossier ». La société précise que le Roundup Pro 360 ne représente, en France, que 2 % des ventes de glyphosate sous la marque Roundup.

La décision du tribunal administratif de Lyon intervient alors que le débat sur le glyphosate vient d’être relancé en Europe par la publication – quelques heures à peine avant l’annonce du jugement – d’un rapport commandité par des eurodéputés, montrant que de larges pans du rapport préliminaire d’expertise européen sur la toxicité de l’herbicide controversé avaient été plagiés.

« A la suite des révélations de plagiat dans l’analyse de la toxicité du glyphosate lors de son renouvellement et à la suite de la décision du tribunal administratif de Lyon d’annuler l’autorisation de mise sur le marché du Roundup Pro 360, écrivent les eurodéputés français du groupe Socialistes & démocrates, nous demandons au gouvernement français la suspension de l’ensemble des produits à base de glyphosate, dans l’attente d’une étude impartiale, objective et indépendante. »

Glyphosate : les autorités sanitaires ont plagié Monsanto

Mandaté par l’Union européenne pour produire l’expertise préliminaire sur le glyphosate — plus de 4 000 pages —, l’Institut fédéral d’évaluation des risques allemand (Bundesinstitut für Risikobewertung, ou BfR) a recopié, souvent mot pour mot, le dossier d’homologation du glyphosate transmis aux autorités européennes par Monsanto et ses alliés industriels, réunis au sein de la Glyphosate Task Force (GTF).

Dans un rapport commandité par des députés européens et rendu public mardi 15 janvier, le célèbre chasseur de plagiats autrichien Stefan Weber et le biochimiste Helmut Burtscher, associé à l’ONG Global 2000, montrent que les chapitres-clés de l’évaluation scientifique rendue par le BfR sont le fruit de plagiats à plus de 50 %, et de copiés-collés à plus de 70 %. Selon les deux chercheurs – dont le travail a été passé en revue par deux spécialistes du plagiat scientifique avant d’être rendu public –, « il est clair que l’adoption par le BfR, sans recul critique, d’informations biaisées, incorrectes ou incomplètes fournies par les fabricants [de glyphosate] a influencé la base même de son évaluation » de la dangerosité du produit controversé.

Or, c’est sur la foi de cette évaluation préliminaire que l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) et les experts des Etats membres ont conclu que le glyphosate ne posait pas de danger cancérogène, ouvrant ainsi la voie à sa réautorisation en Europe. En mars 2015, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) avait, au contraire, conclu au caractère « cancérogène probable » du glyphosate.

En septembre 2017, Global 2000 avait déjà révélé que trois sous-chapitres du rapport rendu par le BfR avaient été largement copiés-collés. Mais les passages examinés se limitaient à seulement 2,5 % de l’ensemble du rapport. Mandatés par les eurodéputés Anja Hazekamp (Gauche unitaire européenne), Maria Noichl (Socialistes et démocrates) et Bart Staes (Verts), MM. Weber et Burtscher ont cette fois conduit une analyse exhaustive des sections du rapport liées à la toxicité chronique et la cancérogénicité de l’herbicide — soit plus d’un millier de pages.

Le chapitre « Génotoxicité » de l’évaluation du glyphosate par le BfR. Les passages surlignés en rouge sont plagiés depuis le dossier d’homologation déposé par les industriels, selon deux chercheurs. Weber & Burtscher

Le chapitre « Génotoxicité » de l’évaluation du glyphosate par le BfR. Les passages surlignés en rouge sont plagiés depuis le dossier d’homologation déposé par les industriels, selon deux chercheurs. Weber & Burtscher

« Une fausse idée de l’auteur »

Ils ont en outre distingué les « copiés-collés bénins » – reproduction à l’identique de résumés d’études ou de tableaux – des passages constituant des plagiats. Le plagiat, expliquent les auteurs, est « une pratique frauduleuse presque toujours destinée à tromper le lecteur ». « Cela signifie que (…) le lecteur se fait une fausse idée de l’identité de l’auteur, écrivent les deux chasseurs de plagiats. Le lecteur attribue faussement des phrases, des formulations, des données, des statistiques, des synopsis, etc., à un auteur indiqué ou supposé, alors qu’en réalité les éléments qu’il lit ont été rassemblés, organisés et écrits par un autre auteur. »

La distinction entre « plagiat » et « copiés-collés bénins » est cruciale : mis en cause à l’automne 2017, le BfR s’était défendu en arguant que les copiés-collés détectés dans son rapport relevaient du travail normal d’expertise. Les commentaires critiques de ses experts, assurait l’agence publique allemande, étaient clairement identifiés, en italique, par rapport au reste du texte.

Ce que montrent MM. Weber et Burtscher est que cette défense du BfR ne vaut que pour les sections du rapport évaluant les tests toxicologiques réglementaires et confidentiels fournis par l’industrie. Les deux scientifiques indiquent que les copiés-collés représentent certes 81,4 % de ces sections, mais que ces emprunts sont bénins et ne s’apparentent pas à du plagiat.

Le problème est ailleurs, écrivent-ils en substance. Selon eux, les sections du rapport d’expertise du BfR évaluant les études publiées dans la littérature scientifique et menées par des chercheurs d’universités ou d’organismes de recherche publics sont, elles, minées par le plagiat. Quelque 50 % des centaines de pages évaluant ces études indépendantes sont des plagiats de l’industrie, 22,7 % relèvent d’emprunts bénins et 27,2 % de contenu original. Au total, plus de 72 % de ces chapitres-clés ont donc été copiés-collés.

Une situation d’autant plus problématique que les études indépendantes, publiées dans la littérature scientifique, mettent fréquemment en évidence des effets délétères. Mais celles-ci ont toutes été considérées comme non fiables. Circonstance aggravante, selon les rapporteurs : « L’omission systématique de toute référence à l’auteur réel, par le biais de suppressions sélectives de portions du texte, ne peut être interprétée que comme une volonté délibérée d’en cacher l’origine. »

Statistiques non conformes

« En conséquence de l’adoption mot pour mot, par le BfR, des évaluations faites par les industriels, l’agence n’a même pas classé une seule de ces études publiées sur le glyphosate et/ou ses formulations commerciales comme pertinente ou fiable », écrivent les deux chercheurs.

Plus grave : selon eux, les analyses statistiques conduites par les industriels ont également été reprises ne varietur par les experts du BfR, bien qu’elles ne soient pas conformes aux tests statistiques recommandés par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) – l’organisation qui définit les pratiques standards en toxicologie.

« Le BfR a même décrit comme sienne la méthode d’analyse mise en œuvre, alors qu’elle a été en réalité copiée-collée depuis le dossier d’homologation soumis par les industriels, expliquent les rapporteurs. C’était en réalité l’approche définie par les scientifiques de Monsanto. »

Au BfR, on se défend de toute mauvaise pratique. « La législation communautaire prévoit que les autorités de l’Etat membre rapporteur – l’Allemagne dans le cas du glyphosate – vérifient l’exactitude et l’exhaustivité de toutes les informations fournies dans la documentation des entreprises demandeuses, dit-on à l’agence allemande. En cas d’accord avec un résumé ou une évaluation particulière conduits par les sociétés candidates [à la mise sur le marché de leur produit], on peut l’intégrer directement dans le rapport d’évaluation. Le BfR n’a en aucun cas adopté sans réserve l’opinion des requérants et leur interprétation des études correspondantes, sans la moindre critique ni contrôle. »

Les conclusions des deux chasseurs de plagiats ne sont pas uniformément critiques sur la qualité de l’expertise fournie par les autorités allemandes à l’Union européenne. Leur rapport a également exploré les quelque 400 pages des sections de l’évaluation consacrées à l’écotoxicologie, c’est-à-dire aux effets du glyphosate sur l’environnement. Ces chapitres, rédigés par l’Agence allemande de l’environnement (Umweltbundesamt, ou UBA), ne présentent de copiés-collés et de plagiats qu’à l’état de traces : respectivement 2,5 % et 0,1 % du texte analysé, selon les deux trouble-fête.

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11 janvier 2019 5 11 /01 /janvier /2019 09:09

Le Commissariat général au développement durable et l’Observatoire de la biodiversité dressent un tableau inquiétant de l’état des écosystèmes sur notre territoire. Plus d’un quart des espèces sont menacées de disparition dans l’Hexagone et les territoires ultramarins. D’après Marie-Noëlle Bertrand et Pierre Le Hir le 10 janvier pour l’Humanité et Le Monde. Lire aussi L'Europe doit choisir entre les abeilles et l’agrochimie..., La Convention sur la Diversité Biologique CDB - COP14 constate l’échec des objectifs fixés en 2010, Des citoyens financent des réserves de vie sauvage depuis 30 ans, « La nature face au choc climatique » : la moitié des espèces des régions les plus riches en biodiversité menacées d’extinctions...

Le vison d’Europe (Mustela lutreola) figure sur la « Liste rouge nationale des espèces menacées de l’UICN France et du MNHN ». JULIEN STEINMETZ

Le vison d’Europe (Mustela lutreola) figure sur la « Liste rouge nationale des espèces menacées de l’UICN France et du MNHN ». JULIEN STEINMETZ

En octobre, le rapport « Planète vivante » du WWF sonnait l’alerte quant à la dégradation de nos écosystèmes à l’échelle mondiale. L’Observatoire national de la biodiversité (ONB) et le Commissariat général au développement durable (CGDD) la déclenchent, cette fois, à l’échelle de la France.

Récemment publiée, l’édition 2018 des chiffres clé de la biodiversité dresse un tableau inquiétant de l’érosion du vivant sur notre territoire : au 1er avril dernier, 26 % des 5 073 espèces faisant l’objet d’un suivi depuis quelques années restaient fortement menacées… voire éteintes.

En termes de population, 22 % des oiseaux communs spécialistes (vivant uniquement dans un biotope donné) ont disparu de métropole entre 1989 et 2017. « Avec une baisse de 3 %, les espèces animales des habitats forestiers affichent une certaine stabilité, contrairement aux espèces inféodées aux milieux bâtis et agricoles, dont les populations ont respectivement diminué de 30 % et 33 % sur la période », détaille la synthèse. Les chauves-souris ne se portent guère mieux, alors que l’on estime que leurs effectifs ont chuté en dix ans, avec toutefois de fortes disparités entre les espèces. Ainsi, les effectifs de la noctule commune ont-ils chuté de 51 % sur cette période, tandis que ceux de la pipistrelle pygmée augmentaient de 15 %.

La noctule commune de la famille des chauves-souris a perdu 51 % de sa population entre 1989 et 2017. Juniors/Biosphoto

La noctule commune de la famille des chauves-souris a perdu 51 % de sa population entre 1989 et 2017. Juniors/Biosphoto

Le morcellement des territoires dégrade les habitats

Plus globalement, le risque que des espèces ne disparaissent complètement s’avère nettement plus élevé dans les outre-mer, qui abritent l’essentiel de la biodiversité nationale, qu’en métropole. Mais partout le problème majeur demeure celui de la dégradation des habitats où elles vivent. Tout comme l’étude de l’ONG, cette nouvelle synthèse pointe en premier lieu la responsabilité des activités humaines qui les rongent.

« L’artificialisation des sols et l’agriculture intensive figurent parmi les premières causes de perte de biodiversité en fragmentant et en détruisant les habitats naturels », explique le rapport. En fragmentant le territoire, la première détruit des milieux naturels et favorise le morcellement et le cloisonnement des milieux. Le constat n’est pas neuf. Pourtant, les espaces artificialisés (bâtiments, routes, parkings, décharges ou chantiers) continuent de progresser en France, plus vite, même, que la population ne croit (respectivement + 1,4 % par an en moyenne entre 2006 et 2015, contre + 0,5 %). Les espaces artificialisés couvraient, en 2015, 5,16 millions d’hectares – soit l’équivalent de 800 mètres carrés par habitant. Tous les dix ans, la France continue ainsi de perdre une surface naturelle équivalente à celle d’un département comme la Drôme ou le Loir-et-Cher.

Autre indicateur : sur la période 2007-2012, seuls 22 % des habitats naturels d’intérêt communautaire – des milieux tels que prairies, marais, falaises, dunes ou chênaies dont une directive européenne exige le maintien et l’amélioration – étaient dans un état de conservation jugé favorable. Les surfaces toujours en herbe, ou prairies permanentes, qui sont riches en insectes, en faune vivant sur le sol et en flore, ont rétréci de près de 8 % entre 2000 et 2010.

Le lynx boréal  (nom latin: Lynxil) espèce qui figure sur « Liste rouge nationale des espèces menacées de l’UICN France et du MNHN ». ROLAND CLERC

Le lynx boréal (nom latin: Lynxil) espèce qui figure sur « Liste rouge nationale des espèces menacées de l’UICN France et du MNHN ». ROLAND CLERC

L’utilisation de pesticides n’a de cesse d’augmenter

L’agriculture intensive se voit pareillement épinglée, singulièrement pour son usage de pesticides. En dépit des plans Écophyto successifs qui, depuis 2008, prévoient sa diminution, celui-ci n’a cessé d’augmenter – la vente de produits phytosanitaires a augmenté de 12 % en 2014-2016, par rapport à la période de référence 2009-2011, rappelle la synthèse. « Intoxication des organismes, effets sur leur reproduction ou leur comportement, réduction de l’offre de nourriture… Ils peuvent être à l’origine de déséquilibres des écosystèmes, en affectant par exemple les populations d’abeilles et autres pollinisateurs, et plus généralement les insectes, les vers de terre, les rongeurs, les oiseaux, les poissons… », soulignent encore l’ONB et le CGDD.

La France, pourtant, aurait le devoir d’endiguer ce rapide déclin. « Disposant du deuxième domaine maritime au monde et d’une palette géographique et bioclimatique de territoires extrêmement variée, (elle) héberge 10 % de la biodiversité mondiale », rappelle encore la synthèse. Parmi les espèces qu’elle abrite, beaucoup – près de 19 500 – lui sont endémiques. En d’autres termes, elles n’existent nulle part ailleurs sur la planète, et les laisser disparaître reviendrait à les rayer définitivement de la carte du monde.

Péril plus élevé dans les outre-mer

Et, si l’on cherche une lueur d’espoir, on retiendra que, chaque jour, deux espèces nouvelles sont découvertes par les naturalistes, des insectes pour un peu plus de la moitié d’entre eux, et dans les régions ultramarines neuf fois sur dix.

Mais la France figure aussi parmi les dix pays hébergeant le plus grand nombre d’espèces menacées au niveau mondial. Le péril est plus élevé dans les outre-mer (40 % des espèces en danger d’extinction) qu’en métropole (22 %), mais, y compris dans l’Hexagone, le risque s’est accru de 15 %, entre les années 2008-2009 et 2015-2017, pour les quatre groupes majeurs des mammifères, des oiseaux nicheurs, des reptiles et des amphibiens.

Les listes rouges des espèces menacées publiées périodiquement par l’Union internationale pour la conservation de la nature et le Muséum national d’histoire naturelle montrent ainsi qu’un tiers des espèces de mammifères, terrestres ou marins, est aujourd’hui menacé ou quasi menacé d’extinction en France métropolitaine, contre un quart en 2009. C’est le cas du putois d’Europe, du desman des Pyrénées (mammifère semi-aquatique), de la crocidure leucode (musaraigne), ou du phoque veau marin.

La Tortue verte (nom latin Chelonia mydasil), est sur la « Liste rouge nationale des espèces menacées de l’UICN France et du MNHN ». STEPHAN CICCIONE KELONIA

La Tortue verte (nom latin Chelonia mydasil), est sur la « Liste rouge nationale des espèces menacées de l’UICN France et du MNHN ». STEPHAN CICCIONE KELONIA

La situation n’est pas meilleure pour les oiseaux nicheurs, dont un tiers également se trouvent aujourd’hui en sursis, contre un quart en 2008. Parmi eux, l’outarde canepetière, le milan royal, l’alouette des champs ou la macreuse brune. Au cours des deux dernières décennies, les populations d’oiseaux des milieux agricoles ont chuté de 33 % et celles des milieux bâtis de 30 %, les espèces des milieux forestiers résistant mieux (– 3 %).

Espèces exotiques envahissantes

L’état écologique des eaux de surface (rivières, plans d’eau, lagunes, estuaires…) est en revanche en légère amélioration : 44,2 % étaient considérées en 2015 comme en bon ou très bon état, soit un gain de 0,8 % par rapport à 2010. Mais le résultat reste loin du niveau de 64 % fixé, pour 2015, par la directive-cadre européenne sur l’eau, l’objectif étant d’approcher 90 % d’ici à 2021.

A la détérioration des habitats s’ajoute la pollution, en particulier chimique. Les ventes de pesticides à usage agricole continuent d’augmenter (de 12 % sur la période 2014-2016 par rapport à 2009-2011). Toutefois, la contamination des cours d’eau par les nitrates et les produits phosphatés est en nette diminution, de respectivement 11 % et 50 % sur les deux dernières décennies.

Les espèces exotiques envahissantes, enfin, sont l’une des menaces les plus directes pour la flore et la faune autochtones. Or, soixante des cent espèces les plus invasives au monde ont été identifiées en 2018 dans les outre-mer, parmi lesquelles la liane papillon à La Réunion, l’iguane vert en Martinique et en Guadeloupe, ou le rat noir sur plusieurs îles.

Pour ne pas désespérer de l’espèce humaine, on relèvera que les citoyens sont de plus en plus nombreux à s’impliquer dans les sciences participatives liées à la biodiversité : plus de 50 000 d’entre eux ont participé, en 2017, à un programme de collecte de données, un chiffre multiplié par 2,5 en six ans. A l’opposé, l’effort financier national en faveur de la biodiversité (gestion des milieux, réduction des pressions et travaux scientifiques), après avoir progressé de 75 % entre 2000 et 2013, pour atteindre 2,1 milliards d’euros, a ensuite légèrement régressé.

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10 janvier 2019 4 10 /01 /janvier /2019 11:04

Pour la primatologue Jane Goodall, préserver notre avenir suppose de surmonter trois problèmes majeurs : la pauvreté, le consumérisme et le taux de croissance de la démographie humaine. Propos recueillis par Catherine Vincent publiés le 05 janvier 2019 dans Le Monde. Lire aussi sur Jane Goodall Nous sommes ce que nous mangeons, et aussi Baptiste Morizot, un philosophe « sur la piste animale » et L’idée de progrès a du plomb dans l’aile.

Jane Goodall

Jane Goodall

A 84 ans, la primatologue britan­nique Jane Goodall ne cesse de parcourir le monde en faveur de l’environnement. En s’installant en 1960 en Tanzanie pour y étudier les mœurs des chimpanzés, en décidant de vivre seule avec eux dans leur milieu naturel pour mieux les observer, elle a bouleversé le regard que nous portions sur les grands singes – et, plus profondément, sur les rapports entre l’homme et l’animal. Afin de protéger les chimpanzés sauvages, gérer des réserves naturelles et créer des refuges en Afrique, elle fonde en 1977 l’Institut Jane Goodall. Convaincu que la conservation de la biodiversité ne peut se faire sans tenir compte des besoins et de la responsabilisation des populations locales, l’Institut, depuis lors, développe partout dans le monde des programmes d’éducation au développement durable, notamment à destination des jeunes.

Marches pour le climat, appel à la justice climatique et à la désobéissance civile : sentez-vous monter la mobilisation face à l’urgence écologique ?

C’est venu progressivement. En 2014, j’avais participé à la marche pour le climat que l’ancien vice-président américain Al Gore avait ­organisée à New York. Les organisateurs espéraient 80 000 participants : ils étaient 400 000, et des marches similaires eurent lieu le même jour dans plusieurs autres grandes villes. ­Depuis, la mobilisation n’a cessé de croître. Chez les jeunes, surtout. Les générations plus âgées peuvent être découragées par la tâche, avoir le sentiment qu’il n’y a plus rien à faire, et, par là même, devenir indifférents face à l’urgence écologique.

Mais les jeunes sont plus résilients, et ils savent que c’est leur avenir qui est en jeu. Rappelez-vous cette jeune Suédoise de 15 ans, Greta Thunberg, qui est montée à la tribune de la COP24, à Katowice (Pologne), le 14 décembre. « Vous êtes arrivé à court d’excuses et nous sommes à court de temps », a-t-elle dit, avant d’appeler les écoliers du monde entier à une grève « scolaire ». Tel est l’état d’esprit de la jeunesse aujourd’hui, et cela ne va pas s’arrêter.

En 1960, à l’âge de 26 ans, vous décidez ­d’aller vivre en Tanzanie, dans ce qui est aujourd’hui le parc national de Gombe, pour y étudier les mœurs des chimpanzés. Que vous ont appris ces grands singes ?

L’humilité. Ils m’ont fait prendre conscience qu’il n’y avait qu’une différence de degré entre nous et eux. Quand je suis revenue à Cambridge en 1962, les chercheurs avec lesquels je travaillais me disaient qu’il y avait une différence de nature entre les hommes et les chimpanzés. Je ne pouvais pas parler de leur personnalité, de leurs émotions, je n’avais pas le droit de leur donner de noms – seulement des numéros. Depuis cette époque, l’étude des grands singes a montré que nous partagions avec eux un grand nombre de comportements, les pires comme les meilleurs. L’éthologie est devenue une science de plus en plus complexe, et les univers mentaux des animaux sont apparus dans toute leur diversité.

Au point d’estomper la frontière qui nous sépare du reste du règne animal ?

Cette frontière est devenue floue. Nous savons aujourd’hui que les primates sont non seulement intelligents et sensibles, mais aussi qu’ils sont doués de conscience, ont des personnalités et ressentent des émotions. Et tous les animaux qui ont été étudiés – éléphants, dauphins, rats, chiens, cochons, oiseaux (notamment corbeaux et perroquets), pieuvres et même insectes – ont fait preuve d’intelligence à des degrés variables. Tous sont capables de ressentir la douleur. Ces connaissances se propagent petit à petit auprès du grand public, et nous enseignent ce que les non-scientifiques savent depuis toujours : nous faisons bien partie intégrante du règne animal et n’en sommes pas distincts.

L’accélération du réchauffement climatique nous oblige à repenser nos modes de vie. Dans un monde mené par le profit et la croissance économique, de quels leviers dispose-t-on pour accélérer ce ­changement de mentalité ?

Nous traversons une période noire à l’échelle de la planète. Le constat est connu : nos activités industrielles et notre consommation inconsciente des énergies fossiles augmentent les gaz à effet de serre qui enveloppent notre planète, entraînant des changements clima­tiques partout dans le monde. Les tempêtes se font plus fréquentes et plus violentes, les inondations sont de plus en plus graves, les sécheresses empirent.

Pourquoi, alors, ne travaillons-nous pas plus à résoudre ces problèmes essentiels ? En partie par manque d’éducation – mais les médias traitent de plus en plus ce genre de sujets, et les gens sont de plus en plus nombreux à saisir la gravité de la situation. L’autre raison, c’est que beaucoup d’entre eux se sentent impuissants, et tombent alors dans l’apathie. C’est pour cela que je voyage trois cents jours par an. Pour faire prendre conscience à ceux que je rencontre du pouvoir et de la responsabilité individuelle de chacun. Chacun d’entre nous peut effectuer des changements positifs. Et collectivement, tous nos actes individuels peuvent aider à changer le monde.

Quelles sont les priorités auxquelles ­s’attaquer ?

Si nous tenons à notre avenir, il y a trois problèmes majeurs en apparence insolubles que nous devons absolument surmonter. Le premier est la pauvreté. Si vous êtes très pauvre et vivez dans une région rurale, vous êtes forcé de détruire votre environnement – vous devez cultiver davantage de nourriture, ou fabriquer du charbon à vendre. Si vous vivez dans une zone urbaine, vous achetez les vêtements et les denrées les moins chères possibles car vous ne pouvez pas faire autrement. Vous n’avez pas le privilège de vous demander si le produit que vous achetez est bon marché parce que sa fabrication a détruit l’environnement, ou s’il est le fruit de cruauté envers les animaux, du travail forcé d’enfants ou d’ateliers clandestins.

Deuxième problème – et le plus difficile à résoudre : nous devons lutter contre le mode de vie consumériste de tous ceux qui ne sont pas les plus pauvres. Nous avons à notre disposition bien plus de choses que ce dont on a besoin, et la plupart des gens gaspillent une quantité incroyable de nourriture quand d’autres meurent de faim. Enfin, il est impératif de réduire le taux de croissance démographique. Il est tout à fait absurde de penser qu’il peut y avoir une croissance économique illimitée dans un monde aux ressources naturelles limitées. Même le pape François – l’un de mes héros – nous dit que ce n’est pas parce que nous avons la capacité de nous reproduire comme des lapins que nous sommes obligés de le faire !

Réduire les inégalités et contrôler la démographie, cela suffira-t-il à mieux partager la planète avec le reste des êtres vivants ?

Je crois qu’il nous faut aussi rétablir le lien spirituel avec le monde naturel qui a façonné la vie des peuples autochtones du monde entier. Nous avons une fenêtre de temps qui ne cesse de se réduire, durant laquelle, si nous nous réunissons tous, nous pouvons commencer à réparer certains des torts que nous avons infligés à la Terre. Et je vois plusieurs raisons d’espérer.

D’abord, la détermination des jeunes à changer les choses lorsque nous sommes capables de les écouter et de leur donner les moyens d’agir. Ensuite, les capacités du cerveau humain : chacun d’entre nous peut les mettre à contribution pour alléger son empreinte écologique, et nous pouvons grâce aux réseaux sociaux partager nos idées avec des personnes du monde entier. Rassemblons nos voix pour nous opposer aux gaz et pétrole de schiste, pour exiger un monde sans déchets plastiques et réclamer des régimes végans et végétariens généralisés ! Enfin, une autre raison de ne pas perdre espoir est la résilience de la nature. Si les humains s’en soucient, les environnements et les habitats que nous avons détruits peuvent à nouveau héberger la vie – il y a de nombreux exemples de cela. Les espèces au bord de l’extinction peuvent profiter d’une deuxième chance.

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9 janvier 2019 3 09 /01 /janvier /2019 12:30

Pour répondre aux revendications des « gilets jaunes » sur le pouvoir d’achat, le plus simple serait de verser la prime d’activité et le RSA à tous ceux qui y ont droit, plaide l’économiste Jean-Eric Hyafil dans une tribune publiée le 8 janvier dans Le Monde. Lire aussi   13 départements prêts à expérimenter le revenu de base et Revenu garanti, l’invité-surprise.

François Bard. – « Cours ! », 2018 © ADAGP, Paris, 2019 - Galerie Olivier Waltman, Paris, Londres, Miami

François Bard. – « Cours ! », 2018 © ADAGP, Paris, 2019 - Galerie Olivier Waltman, Paris, Londres, Miami

Le mouvement des « gilets jaunes » est d’abord une mobilisation des travailleurs pour le pouvoir d’achat. Le coût de la vie augmente en grande partie du fait de la hausse des cours mondiaux du pétrole, mais aussi de la nécessaire progression de la taxe carbone afin d’inciter entreprises et ménages à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre.

L’augmentation du coût de la vie liée à cette fiscalité écologique peut être compensée par des mesures redistributives en faveur des familles pauvres et des travailleurs à bas salaire, par la revalorisation du revenu de solidarité active (RSA) et par une extension de la prime d’activité (à laquelle le gouvernement a déjà décidé de donner un coup de pouce), afin que celle-ci puisse bénéficier aux travailleurs gagnant jusqu’à 1 700 euros de salaire mensuel net.

L’efficacité d’une revalorisation de ces prestations est toutefois limitée par l’importance de leur non-recours. Près d’un tiers des individus éligibles au RSA socle (selon la Caisse d’allocations familiales) et 27 % des travailleurs ayant droit à la prime d’activité (selon le ministère de la santé et des solidarités) ne sollicitent pas ces allocations auxquelles ils ont pourtant droit, soit par méconnaissance des dispositifs, soit en raison de la lourdeur des démarches administratives et du stigmate associé à une demande d’aide sociale. Le non-recours empêche donc non seulement de lutter contre la pauvreté – laborieuse ou non –, mais aussi de compenser efficacement les effets antiredistributifs de l’augmentation nécessaire de la fiscalité écologique.

Il semble donc indispensable de remplacer le RSA et la prime d’activité par une allocation unique, dégressive avec le revenu, et dont le versement serait automatisé : les ayants droit n’auraient plus aucune démarche à effectuer pour toucher cette allocation, puisque la coordination des services fiscaux et sociaux permettra facilement d’identifier les individus éligibles à la prestation et de la leur verser automatiquement. Pour plus de simplification, cette allocation unique pourrait éventuellement absorber les aides au logement.

Prestation unique automatique

Le 31 janvier, l’Assemblée nationale devra se prononcer sur une proposition de loi d’expérimentation d’un revenu de base dégressif avec le revenu. Il s’agirait pour les départements candidats à cette expérimentation de tester la mise en œuvre d’une prestation unique versée de façon automatique afin d’y intégrer les ayants droit qui n’y recourent pas. Ce projet de loi fait suite à un rapport du Sénat sur le sujet (« Le revenu de base en France : de l’utopie à l’expérimentation », Daniel Percheron, 13 octobre 2016).

L’objectif de ce revenu de base n’est pas seulement de renforcer le soutien au revenu des travailleurs à salaire bas ou médian. Il est aussi de renforcer l’accompagnement social des individus en insertion professionnelle et sociale. En effet, l’automatisation du versement du revenu de base permettra de supprimer les tâches d’instruction de dossier et de contrôle des allocataires pour les travailleurs sociaux. Ceux-ci pourront alors se concentrer sur leurs tâches d’accompagnement social.

Ce revenu de base est automatique, mais il n’est pas le revenu universel – versé sans condition de ressource – que défendent certains, puisqu’il est dégressif – il n’est donc plus versé au-delà d’un certain seuil de revenu. Un véritable revenu universel ne pourrait être expérimenté sans une réforme fiscale en profondeur, ce qui semble difficilement applicable.

Pour autant, ce revenu de base constituerait un progrès indéniable pour permettre une garantie de revenu réellement efficace tant aux personnes sans revenu qu’aux travailleurs à salaire faible à médian. C’est aussi le seul outil qui puisse compenser efficacement les effets antiredistributifs de la nécessaire augmentation de la fiscalité écologique. Sans revenu de base, la fiscalité écologique, indispensable à la lutte contre le réchauffement climatique, restera dans l’impasse puisqu’elle ne pourra provoquer que désastre social et blocage politique.

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8 janvier 2019 2 08 /01 /janvier /2019 14:45

Un recours a été déposé devant le tribunal administratif de Montreuil par les opposants à un projet de base de loisirs dans la forêt de la Corniche des forts. D’après Rémi Barroux avec les photos de notre camarade Julien Daniel le 6 janvier 2019 pour Le Monde. Cf.  La Forêt passe à l'attaque ! et Plâtre et béton sur la Corniche.

Chantier en forêt de la Corniche des forts, le 10 octobre 2018. JULIEN DANIEL / M.Y.O.P

Chantier en forêt de la Corniche des forts, le 10 octobre 2018. JULIEN DANIEL / M.Y.O.P

Dans la forêt qui descend en pente, parfois abrupte, de la cité Gagarine, sur les hauteurs de Romainville (Seine-Saint-Denis) vers le quartier du Bas Pays, la marche se fait parfois délicate. La terre gorgée d’eau est boueuse et les feuilles mortes forment un tapis glissant, encombré de ronces qui retiennent les pas. Là, les arbres entremêlent leurs branchages, encombrés de clématites, des lianes envahissantes, un décor sauvage à peine imaginable en plein cœur d’une banlieue urbanisée. Certains troncs sont décorés de pièces de tissus colorés, vestiges de plusieurs marches militantes, dont la dernière le 8 décembre 2018 à l’occasion de la mobilisation pour le climat, organisées par ceux qui s’opposent à un projet de base de loisirs.

Ecopâturage, poney club et espace pour l’escalade

Déjà, la trouée est immense : 655 arbres, pour beaucoup des érables sycomores et des robiniers, doivent être abattus pour permettre l’aménagement de ce qui a été rebaptisé, par la présidente de la région (LR), Valérie Pécresse, « promenade écologique ». Soit une passerelle de 120 mètres d’« observation de la biodiversité », trois kilomètres de promenade qui permettront aux visiteurs de découvrir la zone, une aire d’écopâturage pour des moutons chargés de brouter la renouée du Japon (une espèce invasive d’herbe pouvant atteindre trois mètres de haut), un poney club ou encore un espace pour l’escalade.

Au total, sur les 28 hectares de cette friche verte, 8 sont prévus pour cet espace – dont seulement la moitié sera ouverte au public. Ce sont ainsi 4,3 ha qui seront déboisés et débroussaillés, précise la région.

Vue de la forêt de Romainville le 23 décembre 2018: La cité Gargarine et la tour de télévision de Romainville sont maintenant bien visibles. JULIEN DANIEL / M.Y.O.P

Vue de la forêt de Romainville le 23 décembre 2018: La cité Gargarine et la tour de télévision de Romainville sont maintenant bien visibles. JULIEN DANIEL / M.Y.O.P

Ouverture prévue à la mi-2020 pour ce projet au sein de la forêt de la Corniche des forts, qui remonte au début des années 2000. Il a été relancé en 2012 et a connu plusieurs versions, réduisant à chaque fois l’emprise de la zone, pour des raisons de complexité technique (dépollution, sécurisation du lieu), et donc financières. Le coût de la dernière mouture du projet est évalué à 15 millions d’euros, indique Patrick Karam, vice-président de la région Ile-de-France, chargé de la jeunesse, des sports, des loisirs et de la vie associative.

« Zone à risque d’effondrement »

Le 5 novembre 2018, la maire (ex-PC) de Romainville, Corinne Valls, a signé l’arrêté municipal pour la « demande de permis d’aménager » de ce terrain qui est sur son territoire, déposée par le conseil régional d’Ile-de-France. Sans surprise, la ville autorise le projet qui, selon elle, « permettra de sécuriser une zone à risque d’effondrement et d’ouvrir au public un nouvel espace de loisirs et d’observation de la nature en ville ».

L’évocation d’une « zone à risque d’effondrement » rappelle que cette forêt a poussé sur ce qui était l’une des plus grandes carrières de gypse de la région, la base du plâtre de Paris, renommé, et abondamment utilisé au XVIIIe siècle. Les exploitations souterraines de gypse en proche banlieue ont été abandonnées dans les années 1970-1980. Le sous-sol est miné par les galeries des anciennes carrières, et contient de nombreuses pollutions liées à cette production et peut-être, redoutent les opposants, aux activités chimiques d’une usine de Roussel-Uclaf, devenu Sanofi, fermée en 2013.

« Par endroits, le sol s’est écroulé en formant des entonnoirs de plusieurs mètres de profondeur, ce qu’on appelle des fontis », explique Sylvain Piron, historien, directeur d’études à l’EHESS, l’une des figures de l’opposition au projet.

Au cours de la promenade matinale de ce mercredi 2 janvier, dans cet espace interdit aux visites et cerné d’une grande palissade installée fin novembre pour empêcher les militants de s’opposer au travail des bulldozers, Sylvain Piron s’émeut de la disparition d’un joli baguenaudier, un arbuste qu’il affectionnait particulièrement.

Les opposants avaient deux mois pour engager un recours contre l’arrêté municipal. L’avocat Sébastien Le Briéro l’a déposé au tribunal administratif de Montreuil, le jeudi 3 janvier, pour le compte de la fédération Environnement 93, demandant l’annulation du permis d’aménager. Le recours évoque les « insuffisances substantielles de l’évaluation environnementale et des études d’impact ».

« On est dans le minimum de la concertation avec le public, avec quelques réunions d’information et une consultation sur Internet du 18 juin au 25 juillet, avec une évaluation environnementale qui remonte à 2010 et une déclaration d’utilité publique de 2003 », dénonce aussi Sébastien Le Briéro.

A l’issue d’un pique-nique organisé par les militants écologistes et les opposants au projet, une chaîne humaine est organisée devant la forêt, début « officiel » de la mobilisation, le 2 septembre 2018. JULIEN DANIEL / M.Y.O.P

A l’issue d’un pique-nique organisé par les militants écologistes et les opposants au projet, une chaîne humaine est organisée devant la forêt, début « officiel » de la mobilisation, le 2 septembre 2018. JULIEN DANIEL / M.Y.O.P

Le recours évoque notamment le problème des infiltrations d’eau, des ruissellements pouvant entraîner des dispersions des pollutions, se référant à l’avis de l’Inspection générale des carrières qui, le 23 mars 2018, énonçait la nécessité pour le maître d’ouvrage de réaliser une « étude d’impact de l’infiltration potentielle d’eau sur les masses de gypse ».

Espèces protégées

Soutenus par des élus, comme la députée (La France insoumise) de Seine-Saint-Denis Sabine Rubin, le conseiller régional (groupe Alternative écologiste et sociale) Pierre Serne, ou encore la chanteuse Catherine Ringer, les opposants évoquent la richesse de la biodiversité, appelant à la « prise en compte de l’urgence écologique ». De nombreuses espèces protégées sont hébergées dans ces bois, tels le hérisson d’Europe, le lézard des murailles, l’orvet fragile, les choucas des tours, le pic-vert, l’épervier d’Europe, des pipistrelles…

Pour Marine Linglart, écologue, directrice du cabinet Urban-éco, chargé des études réglementaires pour les maîtres d’ouvrage, « cette friche est un espace à faible valeur écologique mais à gros potentiel ». « Ce projet est intéressant car il devrait préserver la partie boisée, la laisser mûrir pour devenir un écosystème plus riche qu’il ne l’est maintenant », indique-t-elle.

Pour la région, une opposition « politique »

Et le vice-président du conseil régional Patrick Karam d’évoquer « la sanctuarisation de 20 hectares de bois, fermés au public, de nouvelles plantations : 123 arbres, 7 137 jeunes plants d’arbres et d’arbustes et plus de 32 000 unités de plantes vivaces et grimpantes ». « Nous avons renoncé à construire une base de loisirs, pour pousser un projet écologique pour les habitants », dit l’élu, qui a confié au Monde être « prêt à rediscuter avec les associations de l’aménagement de l’espace ». Il mentionne une opposition d’abord politique contre la majorité du conseil régional, et aussi contre la maire de Romainville, accusée de vouloir développer des projets immobiliers luxueux, à proximité de la forêt.

Le 29 septembre 2018, Valérie Pécresse (en blanc, à droite) se rend sur le site pour défendre le projet d’aménagement comme étant une « promenade écologique » .  L’entrée dans la forêt est désormais interdite sous peine d’amende. JULIEN DANIEL / M.Y.O.P

Le 29 septembre 2018, Valérie Pécresse (en blanc, à droite) se rend sur le site pour défendre le projet d’aménagement comme étant une « promenade écologique » . L’entrée dans la forêt est désormais interdite sous peine d’amende. JULIEN DANIEL / M.Y.O.P

« La partie déboisement est certes quasi terminée, mais le terrassement ne l’est pas. Il faut empêcher les travaux pour éviter que la pollution ne soit accentuée par ces travaux », insiste Hélène Zannier, la présidente des Amis de la forêt de la corniche des Forts. Lundi 7 janvier, les travaux devraient reprendre et les militants comptent bien être au rendez-vous.

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7 janvier 2019 1 07 /01 /janvier /2019 14:35

Selon la philosophe Isabelle Stengers, la croissance s’est imposée comme condition de tout progrès possible, or nous ne pouvons plus penser celle-ci comme avant. Propos recueillis par Catherine Vincent publié le 5 janvier 2019 par Le Monde. Lire aussi Jouir des biens communs sans posséder et Judith Rochfeld : « La raréfaction des ressources naturelles a obligé à les envisager comme des biens communs ».

Isabelle Stengers

Isabelle Stengers

Isabelle Stengers est philo­sophe, professeure à l’Université libre de Bruxelles. Elle est l'auteure de nombreux livres sur l'histoire et la philosophie des sciences, dont Sciences et pouvoir (1997, 2002), et a reçu le grand prix de philosophie de l'Académie française en 1993. Dans son dernier ouvrage, Civiliser la modernité ? Whitehead et les ruminations du sens commun (Les Presses du réel, 2017), elle nous incite à questionner les manières d’activer les savoirs des citoyens, et à expérimenter d’autres manières d’exister.

Dans notre époque marquée par l’urgence climatique, votre dernier ouvrage invite à prolonger l’héritage d’Alfred North Whitehead (1861-1947). En quoi la pensée de ce philosophe et mathématicien britannique intéresse-t-elle l’écologie ?

Whitehead a décrit ce qu’est la défaite du « sens commun » face à l’argumentation d’autorité, qui se cache elle-même sous l’argumentation de rationalité des sciences. Réinventer le sens commun est nécessaire pour des problèmes d’intérêt commun, et pour la manière dont on traite ces problèmes. Quand rien ne peut être retenu d’autre que ce que la science a prouvé, la dynamique de ce qui fait sens est enrayée. Whitehead pense le monde comme un tissage de processus interdépendants dont nous sommes partie ­intégrante. C’est cette interdépendance que l’écologie souligne lorsqu’elle montre les conséquences de nos choix et nos actions. Il est d’autant plus essentiel de s’en souvenir que c’est sur une terre appauvrie, empoisonnée, au climat profondément perturbé que nos descendants auront à vivre : il leur faudra donc participer à la fabrique de mondes.

Face à la menace climatique, que devient ce principe fondamental de la modernité qu’est l’idée du progrès ?

Elle a du plomb dans l’aile, et cela ne date pas d’hier. Durant les grandes grèves de 1995, je me souviens avoir lu un sondage selon lequel la majorité des Français ne pensaient pas que la vie de leurs enfants serait meilleure que la leur. Je me suis dit alors que l’idée de progrès perdait de son emprise. Cela peut être inquiétant : quand une idée qui a mobilisé pendant plus de deux siècles vient à lâcher, beaucoup de choses peuvent se passer – y compris la phobie actuelle de l’immigration, qui est un des symptômes de cette rupture. Il va nous falloir réapprendre à poser les questions que le ­progrès a permis d’économiser. La croissance s’est imposée comme condition de tout progrès possible, or nous ne pouvons plus penser celle-ci comme avant. Face au progrès qui dit « nous pouvons », le sens commun, de plus en plus, répond « pour qui, et pour faire quoi ? ». Cela peut être une chance pour inventer d’autres manières d’être au monde.

Cela nous permettra-t-il d’affronter les inconnues de la catas­trophe écologique qui vient ?

Dans Les Trois Ecologies [Galilée, 1989], Félix Guattari écrivait que nous étions les héritiers d’une triple catastrophe écologique : au niveau de l’environnement ; au niveau de la capacité sociale à produire du sens ; au niveau des mentalités individuelles. Les trois niveaux communiquent, et génèrent ce que nous voyons à l’œuvre aujourd’hui : un désarroi profond, mais pas d’issue. On continue d’attendre de ceux qui nous gouvernent qu’ils nous guident vers une solution, tout en étant sceptiques quant à l’idée qu’ils en sont capables – ou même qu’ils en ont la moindre volonté. Comme s’il n’y avait plus personne à la barre, et que l’impuissance ­prévalait. Sauf chez certains, que l’on pourrait qualifier d’activistes.

Ces activistes ne sont pas des militants classiques, unis et mobilisés autour d’une cause, mais plutôt des groupes de personnes capables d’intervenir dans des situations qui leur semblent importer aujourd’hui. Cela peut aller des initiatives locales pour lutter ­contre le réchauffement climatique aux tentatives de démocratie directe mises en œuvre dans certaines villes, en passant par la ZAD de Notre-Dame-des-Landes [Loire-Atlantique]. Toutes ces expériences participent à la résurgence des communs – c’est-à-dire la mise en commun d’une terre, d’un lieu ou d’une pratique qui avait été privatisée depuis si longtemps que tout s’y oppose. Cette lutte politique ouvre une inconnue de plus. Mais on a besoin d’inconnues, car le connu est désespérant.

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